Ce qui n’était au départ qu’un simple geste de dénonciation politique est devenu une affaire explosive aux relents de répression. En Côte d’Ivoire, la frontière entre engagement citoyen et infraction numérique n’a jamais été aussi mince, et Innocent Yao, président de la jeunesse rurale du PDCI, vient d’en faire l’amère expérience.
Tout part d’un meeting politique, où le jeune leader remarque un détail troublant : des enfants, habillés aux couleurs d’un parti, manifestement utilisés à des fins de propagande. Révolté, il sort son téléphone, filme, et publie la vidéo sans filtre : visages d’enfants visibles, noms cités, accusations lancées.
Le clip devient viral, mais les conséquences, elles, dépassent l’activisme. Wilfried Koffi, l’homme accusé d’avoir orchestré cette mise en scène politique, est pris à partie par des jeunes dans son quartier. Il porte plainte à la PLCC (Plateforme de Lutte contre la Cybercriminalité), et l’affaire prend une autre tournure.
L’ANSSI entre en jeu, remonte la piste numérique, et le verdict tombe : c’est bien Innocent Yao qui a diffusé la vidéo. Devant les enquêteurs, il tente de se justifier : aucune volonté de nuire, juste un acte de transparence. Peine perdue.
Il est poursuivi pour diffamation et atteinte à l’image de mineurs, en vertu de l’article 60 de la loi sur la cybercriminalité et de l’article 367 du Code pénal. Mais ce n’est pas tout.
Coup de théâtre judiciaire : ce jeudi 5 mai 2025, Innocent Yao est placé sous mandat de dépôt. Officiellement, il ne dort pas en prison pour la vidéo polémique, mais pour une vieille affaire de désobéissance civile datant de 2020. Une coïncidence troublante ? La chronologie laisse sceptique.
Ce retournement brutal relance les interrogations :
Jusqu’où peut aller un militant sans franchir la ligne rouge ?
L’État utilise-t-il les lois sur la cybercriminalité comme un levier pour faire taire les voix gênantes ?
Et surtout, la prison est-elle la seule réponse possible à un acte de dénonciation citoyenne ?
L’affaire Innocent Yao jette une lumière crue sur les zones grises entre politique, engagement numérique et répression judiciaire. Et dans un pays où les tensions pré-électorales montent, elle pourrait bien devenir un nouveau symbole de la crispation démocratique.
