Ils ne se connaissent pas, assurent-ils. Pourtant, Koko A. et Ibraima T., tous deux Ivoiriens installés en région parisienne, comparaissent devant le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence pour avoir facilité l’entrée illégale de mineurs en France grâce à de faux documents. Une affaire aux allures de système parallèle, où le « business » des visas se confond avec la solidarité familiale… et la fraude.
Un même schéma, deux parcours
L’histoire commence en 2018. Deux adolescentes de 13 et 15 ans, venues de Côte d’Ivoire, atterrissent à quelques jours d’intervalle à l’aéroport de Marseille-Marignane. Toutes deux sont accompagnées d’adultes différents, mais les policiers de la PAF repèrent vite un détail troublant : leurs documents de voyage comportent la même adresse en région parisienne.
Les enquêteurs remontent la piste. Derrière ces deux voyages, ils retrouvent Ibraima, 44 ans, mécanicien sur les chantiers du Grand Paris, et Koko, 51 ans, aide à domicile. Tous deux disposent de titres de séjour en règle. Mais tous deux ont également, chacun à leur manière, facilité l’entrée d’enfants en France à l’aide de documents falsifiés.
Une affaire familiale… ou une filière ?
Ibraima plaide la pression familiale. Sa sœur, restée au pays, l’aurait supplié de faire venir sa fille, menacée d’excision. Lui-même, réfugié en France après un passé de combattant dans la guerre civile, a utilisé les mêmes méthodes pour son propre enfant. Il avoue avoir payé 3 500 € à un tiers pour un faux visa. « Chez nous, c’est comme ça », explique-t-il, fataliste.
Koko, elle, reconnaît avoir fait venir trois enfants, dont son propre fils et sa nièce. Cette dernière aurait transité temporairement chez elle avant de rejoindre sa mère en Italie. Elle réfute toute motivation financière : « Moi, Madame le juge, je ne veux pas avoir affaire à la justice. On appelle ça du business, mais c’est pas illégal. C’est comme ça qu’on fait chez nous : une connaissance, c’est mieux qu’un diplôme. »
Des documents douteux, des justifications fragiles
Les juges, eux, ne l’entendent pas ainsi. Pour le procureur, il ne s’agit pas d’un simple élan familial mais bien d’un montage frauduleux, une « magouille », selon ses mots. Il pointe aussi le casier judiciaire d’Ibraima, déjà entaché de plusieurs mentions, pour requérir un an de prison avec sursis et une interdiction du territoire. Pour Koko, il demande six mois de prison avec sursis, 500 € d’amende, et interdiction de territoire également.
Le verdict
Le tribunal se montre finalement plus clément :
- Ibraima écope de 60 jours-amende à 15 € par jour,
- Koko est condamnée à 6 mois de prison avec sursis pendant 5 ans.
« Je suis prête à faire même 25 ans », lance-t-elle à la barre, résignée.
Entre survie, réseaux informels et loi
Derrière cette affaire se cache une réalité complexe : celle de familles africaines confrontées à la précarité, à la peur, et à un système migratoire souvent perçu comme inaccessible sans « relations » ou arrangements. Mais entre urgence humanitaire et infraction pénale, la frontière reste ténue et parfois franchie.
