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Mogho Naaba et Amon Tanoé : ils ne gouvernent pas, mais quand ils parlent, le pouvoir écoute

L’un règne sur le peuple mossi au Burkina Faso, l’autre porte la voix des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire. Mogho Naaba Baongo II et Sa Majesté Amon Tanoé ne dirigent aucun gouvernement, mais leur influence dépasse largement les murs de leurs palais. Portrait croisé de deux gardiens de la tradition que même les hommes politiques approchent avec respect.

À Ouagadougou comme à Grand-Bassam, la République n’a pas complètement effacé la royauté. Les présidents passent, les gouvernements changent, les crises se succèdent, mais certaines autorités demeurent.

Au Burkina Faso, le Mogho Naaba représente depuis plusieurs siècles la plus haute autorité traditionnelle du peuple mossi. En Côte d’Ivoire, Sa Majesté Amon Tanoé, roi des N’Zima-Kôtôkô, s’est imposé comme le visage national de la chefferie traditionnelle grâce à sa fonction de président de la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels.

Deux hommes, deux pays et deux histoires différentes. Mais un même rôle : préserver les traditions, conseiller les dirigeants et rappeler que le développement d’un pays ne peut se construire en tournant le dos à ses racines.

Mogho Naaba Baongo II, le médiateur de l’ombre

Intronisé le 21 décembre 1982, Mogho Naaba Baongo II est considéré, selon la tradition orale, comme le 37e souverain mossi. Installé dans son palais de Ouagadougou, il ne possède aucun pouvoir politique officiel. Pourtant, rares sont les grandes personnalités de passage au Burkina Faso qui ne sollicitent pas une audience auprès de lui.

Ministres, présidents, diplomates, responsables religieux et acteurs de la société civile franchissent régulièrement les portes de son palais. Pas seulement pour respecter le protocole, mais aussi pour recueillir les conseils d’un homme dont la parole conserve un poids considérable.

Sa discrétion fait partie de sa puissance. Le Mogho Naaba parle peu en public et s’exprime officiellement en mooré, la langue de son peuple. Son attachement aux traditions est également visible lors de la célèbre cérémonie du faux départ à la guerre, organisée chaque vendredi matin à Ouagadougou.

Mais c’est surtout pendant les crises que son autorité morale apparaît au grand jour. En 2015, lors du coup d’État mené par le Régiment de sécurité présidentielle, il avait joué un rôle majeur dans les discussions ayant favorisé le retour à l’ordre constitutionnel. Une intervention qui avait contribué à éviter un affrontement sanglant.

Le Mogho Naaba ne commande donc plus une armée. Mais lorsqu’il appelle à la retenue, même ceux qui possèdent les armes tendent l’oreille.

Amon Tanoé, la voix des rois ivoiriens

À quelques centaines de kilomètres, en Côte d’Ivoire, Sa Majesté Amon Tanoé incarne une autre forme d’autorité traditionnelle.

Roi des N’Zima-Kôtôkô de Grand-Bassam, il est également président de la Chambre nationale des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire. Une position qui lui permet de porter la parole de nombreuses royautés et chefferies issues des différentes régions du pays.

Contrairement au Burkina Faso, la Côte d’Ivoire ne possède pas un souverain traditionnel unique dont l’autorité s’étendrait sur l’ensemble du territoire. Elle compte plusieurs royaumes, notamment ceux de l’Indénié, du Djuablin, de Bouna, du Sanwi et du peuple baoulé.

Amon Tanoé ne peut donc pas être présenté comme le roi de tous les Ivoiriens. Cependant, sa présidence de la Chambre nationale lui confère une dimension qui dépasse largement les frontières du royaume N’Zima.

Depuis plusieurs années, il multiplie les appels à la paix, au dialogue et à la cohésion sociale. À l’approche des échéances électorales de 2025, il avait notamment conduit une tournée nationale de sensibilisation, rencontrant populations et autorités traditionnelles dans plusieurs régions. La CNRCT présente toujours Amon Tanoé comme son président.

Son parcours lui donne également un profil particulier. Formé en droit public et en sciences politiques, il a travaillé dans l’administration diplomatique avant son accession au trône. Il maîtrise ainsi les codes de la tradition comme ceux de l’État moderne.

Deux figures respectées, mais deux influences différentes

Mogho Naaba Baongo II et Amon Tanoé partagent plusieurs points communs. Tous deux sont les gardiens de l’identité culturelle de leur peuple. Ils reçoivent les autorités politiques, encouragent le dialogue et interviennent régulièrement sur les questions de paix.

Mais leur influence ne repose pas sur les mêmes fondements.

Le Mogho Naaba tire sa force d’une institution monarchique ancienne et profondément enracinée dans l’histoire du peuple mossi. Son autorité est personnelle, spirituelle et historique. Dans l’imaginaire burkinabè, il demeure une figure presque incontournable lors des moments de tension nationale.

Amon Tanoé possède d’abord une autorité sur le peuple N’Zima-Kôtôkô. Son rayonnement national vient surtout de la Chambre des rois et chefs traditionnels, institution chargée de représenter collectivement la chefferie ivoirienne.

L’un incarne donc une royauté centralisée et séculaire. L’autre représente une mosaïque de royaumes et de chefferies réunis autour d’une même volonté de préserver la paix.

Quand la tradition continue de parler à la République

À première vue, ces deux souverains semblent appartenir à une autre époque. Pourtant, leur rôle reste profondément actuel.

Dans des sociétés régulièrement confrontées aux tensions politiques, aux conflits fonciers et aux divisions communautaires, les autorités traditionnelles conservent une proximité que les institutions modernes ne possèdent pas toujours.

Mogho Naaba Baongo II et Amon Tanoé ne signent pas de décrets, ne dirigent pas de Conseil des ministres et ne sollicitent pas les suffrages des électeurs. Leur pouvoir ne vient pas des urnes, mais de l’histoire, de la tradition et de la confiance d’une partie importante de la population.

Ils ne gouvernent peut-être pas leurs pays. Mais au Burkina Faso comme en Côte d’Ivoire, lorsque ces deux hommes prennent la parole, même les plus grands du pouvoir savent qu’il faut écouter.

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