Lors de la 30e Conférence des ambassadeurs français, qui s’est tenue à Paris les lundi 6 et mardi 7 janvier 2025, le président Emmanuel Macron a déclaré que les troupes françaises n’ont pas été forcées de quitter de nombreux pays africains, que la France a permis à des pays africains de sauvegarder leur souveraineté et qu’elle n’a pas été remerciée pour autant.
Ces propos ont suscité de vives réactions notamment en Afrique. Des dirigeants et gouvernements africains ont récusé certaines affirmations de leur homologue français. C’est le cas du président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno qui a exprimé son indignation vis-à-vis des propos récemment tenus par le président Macron qui frisent le mépris envers l’Afrique et les Africains. Je crois qu’il se trompe d’époque. Pour sa part, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a, lui, précisé que la décision de demander le départ des troupes étrangères sur le territoire sénégalais n’avait pas été concertée avec Paris. De son côté, le capitaine Ibrahim Traoré à la tête du régime militaire au Burkina Faso a répondu vertement au propos du président Macron : « Il a insulté tous les Africains ».
Le journaliste et spécialiste des relations entre la France et l’Afrique Antoine Glaser, auteur de « Le piège africain de Macron. Du continent à l’Hexagone » co-écrit avec Pascal Airault, chez Fayard (2021), décrypte les déclarations du président français et démêle le vrai du faux.
Dans son discours, le président français Emmanuel Macron a voulu signifier que l’armée française n’a pas été chassée des pays africains d’où elle est partie. « On était là à la demande d’États souverains. À partir du moment où il y a eu des coups d’État où les gens ont dit ‘notre priorité ce n’est plus la lutte contre le terrorisme, c’est ceci ou cela qu’importe’ la France n’y avait plus sa place. Parce que nous ne sommes pas les supplétifs des putschistes. Donc on est parti et ensuite on a décidé de réorganiser notre présence militaire », assure Macron. Et le président français d’ajouter par la suite : « Nous avons proposé aux chefs d’État africains de réorganiser nos présences. Comme on est très polis, on leur a laissé la primauté de l’annonce. Et parfois, il a fallu pousser ».
Mais pour Antoine Glaser, la demande de départ des troupes françaises est bien évidemment une décision souveraine de la part des chefs d’État africains qui ont dénoncé des accords de défense les liant à la France. Le cas du Tchad est emblématique. « C’est un traumatisme pour la France parce que l’armée française était dans ce pays depuis 1900 ». La France est intervenue maintes fois au Tchad. Pour Macron, le désaveu tchadien est vexant, car il était venu en personne « adouber Mahamat Idriss Deby », le fils d’Idriss Deby mort dans des combats contre des rebelles après 30 ans au pouvoir. Quant à parler de « politesse » de la part de la France pour expliquer que l’annonce soit faite par les pays africains est loin de la réalité. « C’est peut-être vrai pour la Côte d’Ivoire, mais certainement pas dans le cas du Tchad et du Sénégal », souligne Antoine Glaser.
« Je le dis pour tous les gouvernements africains qui n’ont pas eu le courage vis-à-vis de leurs opinions publique de le porter, aucun d’entre eux ne seraient avec un pays souverain si l’armée française ne s’était pas déployée dans cette région », assène le chef de l’État français devant ses ambassadeurs.
Le président Emmanuel Macron estime que la France a fait barrage au terrorisme dans le Sahel. La France est intervenue au Mali dès 2013 avec l’opération Serval face à l’avancée des rebelles djihadistes qui avaient conquis le nord du pays. « Macron est persuadé que la France a empêché avec l’opération Barkhane la constitution d’un califat dans le Sahel, ce qui n’est pas du tout une réalité, et n’a jamais été prouvé, note Antoine Glaser. Aujourd’hui, personne ne croit que les djihadistes auraient pu prendre Bamako et créer un califat dans le Sahel », souligne Antoine Glaser.
Selon lui, cette réaction du président français a tout l’air d’une vexation. En réalité, ces déclarations polémiques signent un échec de la politique africaine d’Emmanuel Macron. Il y a une volonté de tirer l’ardoise magique sur le pré carré français des anciennes colonies en Afrique francophone en allant dans les colonies anglophones comme le Nigéria ou encore le Kenya, qui accueillera le prochain sommet Afrique-France.
