À quatre mois d’une élection présidentielle cruciale, la Commission Électorale Indépendante (CEI) choisit la méthode forte : pas de nouvelle révision de la liste électorale. C’est le président de l’institution, Coulibaly-Kuibiert Ibrahime, qui l’a déclaré ce lundi 2 juin 2025, lors d’une conférence de presse au siège de la CEI à Abidjan. Un choix lourd de conséquences, qui risque de priver des milliers de nouveaux majeurs et primo-votants de leur droit de vote.
« Il est impossible de conduire une autre opération de Révision de la Liste Électorale sans compromettre l’échéance présidentielle », affirme M. Coulibaly-Kuibiert. Un argument logistique qui soulève une véritable onde de choc dans une société où l’inclusion électorale est déjà sujette à caution.
Une manœuvre technique ou un verrou politique ?
Selon la CEI, les jeunes Ivoiriens qui auront 18 ans jusqu’à fin février 2025 ont été pris en compte de façon anticipée. Mais qu’en est-il des milliers de citoyens atteignant la majorité après cette date ? Sont-ils tout simplement exclus d’emblée du processus électoral ? Une décision qui, pour certains observateurs, sent l’arbitraire, voire la manipulation anticipée des chiffres électoraux
Alors que les partis d’opposition réclament depuis des mois une révision exceptionnelle pour tenir compte des dysfonctionnements observés lors du précédent enrôlement, la CEI reste sourde. Elle invoque le respect des « institutions » et des « règles » pour justifier un immobilisme qui fragilise davantage la confiance dans l’appareil électoral.
Des chiffres pour faire passer la pilule ?
Coulibaly-Kuibiert a tenté de rassurer en évoquant 8 727 431 électeurs inscrits, soit 715 006 nouveaux électeurs, mais l’opacité des critères d’enrôlement et l’absence de contrôle indépendant sur le terrain font douter de la fiabilité de ces données. Qui sont ces nouveaux électeurs ? D’où viennent-ils ? A-t-on garanti une représentation équitable sur tout le territoire, notamment dans les zones historiquement défavorisées ?
De même, les annonces concernant l’augmentation du nombre de lieux et bureaux de vote (+989 et +2154 respectivement) sont accueillies avec scepticisme : aucune précision n’est donnée sur leur répartition géographique, laissant craindre des déséquilibres régionaux en faveur de certaines zones jugées « stratégiques ».
Le parrainage, toujours un filtre contesté
Autre point polémique confirmé par la CEI : le retour du parrainage citoyen. Présenté comme un gage de représentativité, ce mécanisme reste pour de nombreux candidats une barrière opaque et dissuasive. Si la liste définitive doit servir de base cette année, rien n’indique que les partis auront un accès transparent aux données, ni que le processus sera épargné par des rejets massifs, comme en 2020.
Un appel à la paix ou une mise en garde déguisée ?
Pour clore son intervention, le président de la CEI a cité Aimé Césaire, dans une envolée lyrique sur la « Nation comme mûrissement ». Une déclaration qui contraste avec le climat de tension politique, la méfiance croissante des électeurs et le sentiment d’exclusion démocratique qui gagne du terrain. Derrière l’appel au calme et à la responsabilité, beaucoup y voient une tentative de faire taire la contestation.
En verrouillant la liste électorale à quelques mois de l’échéance, la CEI joue une carte risquée. Et si, sous couvert de stabilité, c’était la légitimité même du scrutin présidentiel qui était en train d’être compromise ?

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