Société

Peuples de l’Ouest : Entre « envahissement » et générosité, le vrai visage d’une culture de la vibration.

On les dit bruyants, imposants, voire envahissants. Mais derrière ce cliché qui colle à la peau des Bété, Guéré ou Wè, se cache une philosophie de vie millénaire. Ce que certains perçoivent comme un manque de retenue est, en réalité, l’expression d’une culture où l’humain doit vibrer pour exister.

Le triomphe de l’extraversion

Dans la savane ou la forêt ivoirienne, chaque peuple a son code. Si certains misent sur la discrétion et la hiérarchie silencieuse, les peuples du groupe Krou (Ouest) ont fait de l’extraversion un art de vivre. Chez les Bété ou les Guéré, la parole ne se murmure pas : elle se proclame. Le sentiment ne se cache pas : il se vit.

Ce tempérament, souvent jugé « envahissant » dans les centres urbains, est le vestige d’une organisation sociale égalitaire. Sans roi centralisé pour dicter le silence, chaque individu est son propre ambassadeur. Parler fort, c’est exister ; rire aux éclats, c’est partager ; pleurer avec fracas, c’est honorer.

La générosité du « trop »

L’hospitalité à l’Ouest n’est jamais tiède. Lorsqu’un fils de l’Ouest vous reçoit, il ne vous offre pas une place, il vous offre sa place. Cette proximité physique et émotionnelle peut dérouter ceux qui sont habitués à une certaine distance sociale. Pourtant, ce « débordement » est le signe d’une générosité sans filtre. Dans cette culture, la réserve est souvent interprétée comme de la méfiance ou de l’hypocrisie. Être « envahissant », c’est, au fond, refuser de laisser l’autre seul dans son coin.

Les maîtres de la vibration

Ce n’est pas un hasard si l’Ouest est le berceau des plus grands courants culturels de la Côte d’Ivoire. Du Ziglibithy au Gbégbé, la musique de l’Ouest est une décharge d’énergie. Ce tempérament de feu est le moteur de la création : il faut de l’audace et une certaine dose d’exubérance pour monter sur scène et conquérir les foules.

Culture ou manque de savoir-vivre ?

Le débat est souvent tranché par le prisme du voisinage. Mais réduire ce comportement à un manque de savoir-vivre serait une erreur de lecture. Le savoir-vivre de l’Ouest repose sur la communion. Là où la modernité prône l’individualisme et le calme, les peuples de l’Ouest opposent la chaleur du groupe et le bruit de la vie.

Finalement, être « envahissant » à la mode de l’Ouest, c’est peut-être simplement être intensément vivant. Une authenticité qui, si elle bouscule parfois les habitudes, reste le sel de la diversité ivoirienne.

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