À la Place CP1 de Yopougon, les journées commencent souvent au rythme des crampons et des cris des jeunes footballeurs. À la tombée de la nuit, le décor change : bâches, chaises, chants et veillées funèbres occupent les lieux. Pour certains habitants, cette proximité nourrit des croyances autour de la « poisse ». Pour d’autres, CP1 reste surtout un espace de vie, de solidarité et de révélation de talents.
8 heures du matin. Place CP1, Yopougon.
Le soleil commence à s’imposer sur Yopougon. Sur le terrain, les premiers jeunes arrivent. Un ballon circule, les chaussures tapent le sol et les voix des joueurs couvrent progressivement les bruits du quartier.
Au milieu d’eux, Junior, 17 ans, rêve de devenir footballeur professionnel.
« On vient ici presque tous les jours. Il y a beaucoup de talents à CP1. Certains sont partis jouer dans des clubs. Nous aussi, on espère avoir notre chance. »

Pour les jeunes du quartier, la Place CP1 est avant tout un terrain de football. Un véritable point de rendez-vous où les plus âgés observent les plus jeunes et où chacun tente de se faire remarquer.
Mais lorsque le soleil disparaît, CP1 change complètement de visage.
Les buts sont rangés. Les joueurs quittent progressivement les lieux. À leur place, des chaises sont installées. Des bâches apparaissent. Les familles et les proches arrivent. Une veillée funèbre se prépare.
Aïcha, riveraine depuis plusieurs années, connaît bien cette transformation.
« Le jour, les enfants jouent au football. Le soir, il peut y avoir une veillée. C’est devenu quelque chose de normal ici. »
Pourtant, tout le monde ne voit pas cette situation du même œil.« Ici, il y a trop de morts » Koffi, habitant du quartier, reconnaît avoir développé une certaine appréhension vis-à-vis du lieu.
« Quand tu vois les veillées qui s’enchaînent, forcément tu te poses des questions. Certains disent même que l’endroit porte malheur. »
Une réputation qui alimente les discussions dans le quartier.
Mais peut-on réellement parler de « poisse » ?
Pour Moussa, ancien joueur du quartier, cette réputation est injuste.
« Si on commence à dire que le terrain porte malheur parce qu’il y a des funérailles, alors on oublie tout ce que cet endroit représente. Des générations de jeunes sont passées par ici. »
Et parmi ces jeunes, certains ont effectivement réussi à faire leur chemin dans le football.
Entre croyances et réalité
Pour certains habitants, la question dépasse même le football.
Pourquoi autant de veillées à cet endroit ? Est-ce simplement parce que la Place CP1 est un espace suffisamment grand et accessible pour accueillir les familles ? Ou cette succession de cérémonies a-t-elle fini par créer une véritable légende urbaine autour du lieu ? Au-delà des veillées et des croyances, CP1 reste surtout un lieu où se croisent plusieurs réalités de Yopougon.
Le jour, les enfants jouent.
Le soir, les familles pleurent.
Entre les deux, un quartier continue de vivre.
Et au milieu de cette agitation, les jeunes talents continuent de rêver.
Junior reprend son ballon avant de quitter le terrain.
« Peut-être qu’un jour, on parlera de moi comme d’un joueur qui est sorti de CP1. »
Une phrase qui résume finalement l’autre visage de cette place : derrière les veillées et les histoires de « poisse », CP1 continue aussi de faire naître des rêves.































