Chaque jour, dans les maternités publiques de Côte d’Ivoire, des nourrissons prématurés luttent pour survivre sans l’équipement médical essentiel qui pourrait les sauver : une simple couveuse. Ce drame, silencieux mais répété, coûte la vie à des centaines de bébés chaque année, dans l’indifférence générale.
Un constat accablant
À Abidjan, métropole de plus de 5 millions d’habitants, on recense moins de 50 couveuses fonctionnelles dans les hôpitaux publics. Dans certaines régions de l’intérieur, il n’en existe même pas. Résultat : les nouveau-nés prématurés sont souvent posés dans des cartons ou enveloppés de tissus de fortune, exposés au froid, aux infections, et à une mortalité presque inévitable.
« Mon bébé est né à sept mois. Il respirait encore… Mais il n’y avait pas de couveuse. Les sages-femmes ont fait ce qu’elles ont pu. Il est mort après quelques heures », témoigne Mariam, 23 ans, à Bouaké.
Un taux de mortalité alarmant
Selon l’UNICEF, la mortalité néonatale en Côte d’Ivoire s’élève à environ 30 décès pour 1 000 naissances vivantes, l’un des taux les plus élevés de la sous-région. Dans plus de 40 % des cas, ces décès sont évitables, avec des soins de base comme la respiration assistée, le maintien de la température corporelle et une hygiène renforcée – toutes fonctions assurées par une couveuse.
Des efforts encore trop faibles
Le gouvernement ivoirien, avec l’aide de partenaires internationaux, a lancé plusieurs initiatives : dotations ponctuelles, projets pilotes, et adoption de guides OMS pour des accouchements plus sûrs. Mais sur le terrain, les besoins dépassent largement les moyens.
Des dons récents, comme ceux du programme Safe Birth ou de l’Ordre des pharmaciens, restent symboliques face à l’urgence. À Gagnoa, deux couveuses ont été offertes en avril 2025 – un geste salué, mais insuffisant pour une région entière.
La méthode kangourou : solution de survie, pas de développement
La méthode mère kangourou – où le bébé est maintenu contre le corps de sa mère pour réguler sa température – est de plus en plus utilisée. Efficace dans certains cas, elle ne peut remplacer les soins néonataux modernes nécessaires pour les prématurés graves.
Un appel à l’action immédiate
Ce n’est pas seulement une question de santé, mais de dignité humaine. Les naissances devraient être synonymes de joie, non de deuil. Le manque de couveuses ne peut plus être traité comme une fatalité ou un simple retard de développement.
Nous appelons les autorités, le secteur privé, les ONG et les citoyens à faire de la survie des nouveau-nés une priorité nationale.
Chaque couveuse coûte entre 2 à 5 millions de FCFA. Un investissement modeste, comparé à l’inestimable valeur d’une vie.
