Le dimanche 12 avril 2026, les 7,8 millions d’électeurs béninois se sont rendus aux urnes pour un scrutin historique. Pour la première fois depuis 1991, le pays conclut une « année électorale » intégrale où députés, maires et président sont désignés au cours du même cycle. Cette élection marque surtout la fin de l’ère Patrice Talon, après une décennie de transformations profondes et souvent contestées.
Le duel des héritiers et des opposants
Deux tickets s’affrontent pour la présidence et la vice-présidence:
Romuald Wadagni & Mariam Chabi Talata (Majorité)
Favori incontesté, l’actuel ministre de l’Économie et des Finances est le dauphin désigné de Patrice Talon. Bien que perçu comme un technocrate proche des marchés financiers, il a tenté de « briser la glace » durant sa campagne en allant à la rencontre des populations rurales pour polir son image.
Paul Hounkpè & Rock Hounwanou (FCBE)
Seul challenger face à la machine au pouvoir, Paul Hounkpè rejette l’idée d’un match gagné d’avance. Cet ancien instituteur, souvent qualifié d’« opposant modéré », espère capter les voix du Nord, bastion historique de l’ancien président Thomas Boni Yayi.
L’abstention : Le véritable arbitre
Plus que le nom du vainqueur, c’est le taux de participation qui sera le chiffre le plus observé. Pour Wadagni, une faible affluence affaiblirait sa légitimité populaire et le rendrait plus dépendant des barons de la majorité.
Pour Hounkpè, une désertion des urnes confirmerait le désamour des électeurs de l’opposition, dont certains cadres ont récemment rallié le camp adverse après l’éclatement du parti Les Démocrates. Le défi est de taille : depuis 2016, la participation n’a cessé de chuter, atteignant un plancher historique de 27,1 % lors des législatives de 2019.
L’héritage Talon : Entre réformes et verrouillage
L’élection clôture dix ans de « réforme du système partisan » visant à rationaliser la vie politique. Cependant, ce processus a laissé des traces:
Les scrutins précédents ont été marqués par l’exclusion de figures de l’opposition et l’emprisonnement de candidats comme Reckya Madougou et Joël Aïvo. Une réforme constitutionnelle récente a instauré un Sénat doté d’un droit de veto. Les critiques craignent que Patrice Talon, membre de droit de cette chambre, ne continue de peser sur la gouvernance.
Une disposition controversée prévoit une « trêve politique », interdisant toute animation électorale pendant les six années suivant le scrutin, ne laissant place qu’aux « critiques constructives ».
Sauf surprise, le prochain rendez-vous électoral des Béninois n’aura lieu qu’en 2033.
