L’information circule sur les réseaux et dans certains médias : le Capitaine Ibrahim Traoré, président de la transition au Burkina Faso, aurait « entièrement remboursé sa dette internationale ». Une affirmation qui galvanise les partisans de la souveraineté africaine, mais qui doit être examinée à l’aune des réalités économiques.
Si l’onde de choc de cette annonce est puissante, une vérification factuelle révèle une vérité plus nuancée : le Burkina Faso n’a pas effacé la totalité de sa dette publique extérieure. Pourtant, l’origine de cette confusion repose directement sur les choix et le discours musclé du chef de l’État burkinabè.
La Confusion : Dette Extérieure vs Dette Intérieure
Selon les données financières officielles, la dette publique totale du Burkina Faso, qui inclut la dette extérieure contractée auprès d’organismes comme le FMI ou la Banque mondiale, se chiffrait encore à plus de 7 000 milliards de francs CFA en 2023. Cette dette, accumulée sur plusieurs années, ne peut être effacée d’un seul coup.
Cependant, l’information sur un « remboursement massif » trouve sa source dans la stratégie financière agressive du gouvernement de transition, axée sur l’apurement de la dette intérieure :
- Priorité aux Locaux : Le Capitaine Traoré a clairement signifié son intention de payer les arriérés que l’État doit aux entreprises et aux fonctionnaires burkinabè. Il a même sommé les banques de libérer une partie des fonds pour s’acquitter de ces créances internes. Il a lui-même déclaré : « la dette intérieure là on va payer ça cette fin du mois là l’argent là va rentrer. »
- Dette Sociale : Des plans ont été annoncés pour liquider la dette sociale, notamment les arriérés de primes et d’indemnités dus au personnel de l’État, comme les enseignants.
- Le Chiffre Polémique : La reprise médiatique du remboursement d’un montant avoisinant les 4,8 milliards de dollars concerne bien cette dette intérieure.
Le Discours de Souveraineté, Moteur du Mythe
Si l’affirmation du remboursement total est erronée, elle est néanmoins un puissant vecteur du message politique d’Ibrahim Traoré. Le chef d’État a toujours articulé son projet autour de la souveraineté économique et de la rupture avec l’aide extérieure conditionnée. Son gouvernement a pris des mesures concrètes pour s’affranchir des prêts jugés aliénants du FMI et de la Banque mondiale, préférant mobiliser des ressources internes (or, ressources minières, coton) pour financer le développement et l’effort de guerre contre le terrorisme.
C’est cet engagement à « se libérer de l’emprise des griffes occidentales » et à « ne plus tendre la main » qui est interprété par ses partisans comme un acte définitif d’annulation de la dette internationale.
La Puissance du Symbole
En réalité, l’État burkinabè continue de gérer et d’honorer une dette internationale complexe. L’affirmation du remboursement total est donc une hyperbole politique ou une simplification médiatique.
Néanmoins, l’histoire démontre la puissance du symbole : en choisissant de prioriser la dette interne et d’afficher une indépendance farouche face aux créanciers internationaux, le Capitaine Traoré a réussi à créer un récit puissant qui, même s’il est techniquement inexact, galvanise une jeunesse africaine en quête de dignité et d’autonomie. L’enjeu n’est plus seulement financier, il est narratif.
