Le Sénégal traverse un nouveau tournant politique majeur. Le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement mis fin, vendredi soir, aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko ainsi qu’à celles de l’ensemble du gouvernement. Une décision inattendue qui confirme les profondes tensions installées depuis plusieurs mois au sommet de l’État entre les deux hommes, pourtant arrivés ensemble au pouvoir après l’élection présidentielle de 2024.
L’annonce a été faite à la télévision nationale par le secrétaire général de la présidence, Oumar Samba Ba. Selon le décret présidentiel, les ministres et secrétaires d’État du gouvernement sortant restent chargés d’expédier les affaires courantes en attendant la formation d’une nouvelle équipe.
Cette rupture marque un véritable séisme politique au Sénégal. Ousmane Sonko n’était pas seulement le Premier ministre : il était aussi l’architecte politique de la victoire de Bassirou Diomaye Faye. Empêché de se présenter à la présidentielle de 2024 après sa condamnation dans une affaire de diffamation, Sonko avait désigné Diomaye Faye comme candidat de remplacement. Le duo avait ensuite remporté une victoire historique portée par une forte mobilisation populaire, notamment auprès de la jeunesse sénégalaise.
Figure emblématique de l’opposition sous Macky Sall, Sonko avait construit son image autour d’un discours panafricaniste, souverainiste et anti-système. Son influence politique et son aura populaire avaient largement contribué à l’ascension du nouveau pouvoir.
Mais depuis plusieurs mois, les relations entre les deux dirigeants semblaient se dégrader. Des divergences sur la gestion du pouvoir, les orientations politiques et l’équilibre des responsabilités auraient progressivement installé un climat de méfiance entre la présidence et la primature.
Quelques minutes après l’annonce de son limogeage, Ousmane Sonko a réagi sur Facebook avec un message court mais lourd de sens : « Alhamdoulillah. Ce soir je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui ». Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos ont montré des sympathisants affluant vers son domicile à Dakar pour lui témoigner leur soutien.
Cette décision pourrait ouvrir une nouvelle période d’incertitude politique dans le pays. Le parti de Sonko reste en effet ultra-majoritaire à l’Assemblée nationale après sa large victoire aux élections législatives de novembre 2024. Une situation qui pourrait compliquer la tâche du président Diomaye Faye dans les prochains jours.
Au Sénégal comme ailleurs en Afrique, cette séparation entre deux figures autrefois inséparables risque désormais de redessiner totalement le paysage politique du pays.
