La numéro « one » du Mouvement des Générations Capables (MGC) a vite compris que la bataille politique s’est déplacée vers les espaces numériques. Simone Ehivet Gbagbo investit désormais les réseaux sociaux, devenus le nouveau théâtre de la compétition politique et des récits d’influence.
En ligne, elle tente de conjuguer héritage militant et modernité digitale, réinventant tant bien que mal son image dans un environnement où l’émotion et la proximité priment sur le discours institutionnel.
Simone Gbagbo compte parmi les derniers témoins directs des grandes mutations de la politique ivoirienne contemporaine. Elle connaît les arènes politiques depuis les premières heures du multipartisme, qu’elle a vues naître, évoluer et parfois vaciller. Celle qui fut l’une des figures centrales du pouvoir dans les années 2000 incarne aujourd’hui une mémoire vivante de la vie politique nationale à la fois témoin, actrice et narratrice de cette histoire.
Après ses ruptures, à la fois politiques et personnelles, avec son ex-époux et plusieurs de ses anciens compagnons de lutte, l’ancienne Première Dame semble amorcer une nouvelle phase de sa trajectoire. Désormais, Simone Ehivet Gbagbo s’inscrit dans une dynamique de reconquête de l’opinion publique, cherchant à redéfinir son identité politique en dehors des alliances du passé mais surtout sur de nouveaux terrains.
À quelques jours du scrutin du 25 octobre 2025, la candidate du MGC s’impose comme l’une des personnalités féminines les plus observées de la campagne. Sa communication numérique repose sur une narration empreinte d’expériences, teintée de foi et d’émotion. Elle cherche à recréer un lien direct avec les électeurs, au-delà des structures partisanes classiques.
Sur Facebook, X (ex-Twitter) ou YouTube, Simone Ehivet Gbagbo utilise le digital non seulement comme outil d’information, mais comme un véritable espace de communion politique. Elle y parle de réconciliation, d’espérance et de vérité des valeurs qui traduisent une volonté de transcender les clivages. L’objectif est clair : renouer avec une base populaire parfois désorientée par les recompositions politiques.
Avec plus de 416 000 abonnés sur Facebook, la candidate anime une communauté fidèle, composée majoritairement de militants convaincus et de sympathisants de longue date. Le ton de ses publications est direct, empathique, souvent adressé aux familles, aux femmes et aux jeunes ; des cibles à qui elle souhaite redonner foi en la politique. Cette stratégie vise moins la confrontation. Elle tente la réhumanisation du discours politique.
Cependant, à l’ère du scroll et de l’instantané, la bataille du digital se gagne sur la capacité à générer de l’émotion et à créer du dialogue de manière continue. En ce sens, Simone Gbagbo semble encore en phase d’apprentissage numérique.
Sa communication digitale, bien que sincère et incarnée, souffre de certaines limites. Ses équipes gagneraient à renforcer la dimension stratégique de son dispositif à travers une mise en œuvre plus rigoureuse et professionnelle. Elles devraient par exemple appliquer une stratégie data-driven, comme le font les autres candidats. Ce qui favoriserait un ciblage plus vaste par des campagnes sponsorisées. Une telle approche permettrait d’élargir la portée de ses messages et de créer une véritable communauté d’engagement autour de la candidate.
Face à elle, la communication numérique du président sortant Alassane Ouattara s’apparente à une machine bien rodée. Le RHDP déploie une stratégie multicanale remarquable par par des visuels harmonisés, une fréquence de publication soutenue et une amplification via ministres, porte-paroles et influenceurs politiques. Le contraste est net : là où le RHDP incarne une communication institutionnelle et industrialisée, le MGC de Simone Gbagbo reste dans une dynamique plus organique et militante, portée par l’engagement individuel et la viralité communautaire.
Ce choix, s’il limite la portée immédiate de ses messages, confère à sa campagne une dimension humaine et artisanale, en phase avec son authenticité et sa persévérance. Mais à l’heure où l’attention se mesure en secondes et où l’image prime sur la parole, cette légitimité symbolique devrait se traduire par des contenus visuels plus puissants pour impacter les audiences.
Il faut le retenir, la bataille électorale ivoirienne se joue aussi dans les fils d’actualité, les stories et les algorithmes.
Amine MEITE – Journaliste, Spécialiste en Communication
