L’unité affichée au sommet de l’État sénégalais semble s’effriter à mesure que le duo Sonko-Diomaye révèle ses premières tensions. Moins de quatre mois après leur accession conjointe au pouvoir, des voix s’élèvent pour dénoncer une dérive inquiétante et une gouvernance prise en étau entre ambition personnelle et impératifs républicains.
La récente déclaration d’Ousmane Sonko, devant les cadres du Pastef réunis en Conseil national, a jeté le trouble. En revendiquant davantage de pouvoirs pour mener à bien ce qu’il qualifie de « rupture », le Premier ministre a ravivé les inquiétudes sur sa réelle volonté : transformer la Primature en un levier politique au service de son combat personnel. Une posture qui semble entrer en collision avec la ligne plus institutionnelle du président Diomaye Faye, attaché à une réforme mesurée de l’État et à la stabilité du pays.
Le ton est monté d’un cran avec la sortie fracassante de Thierno Alassane Sall. Le leader de la République des Valeurs et député à l’Assemblée nationale n’a pas mâché ses mots : « La chimère Diomaye mooy Sonko n’aura duré que le temps d’un hivernage. » Pour lui, l’alliance entre les deux hommes n’était qu’un mirage, dissimulant mal des divergences profondes sur la gouvernance, les priorités nationales et le style politique à adopter.
Ce que Thierno Alassane Sall dénonce, c’est la tentation d’un « gatsa-gatsa » institutionnalisé, une logique de confrontation permanente qui fragilise l’autorité présidentielle et installe un climat d’instabilité. Il accuse Ousmane Sonko de poursuivre un agenda personnel de vengeance, détournant l’appareil étatique pour solder ses différends passés, au lieu de répondre aux urgences économiques, sociales et éducatives du pays.
En filigrane, c’est la question de l’équilibre au sommet de l’État qui se pose. Qui gouverne réellement ? Diomaye Faye, élu président de la République ? Ou Ousmane Sonko, chef de file charismatique du Pastef, dont l’aura semble parfois éclipser celle du chef de l’État ? Pour certains observateurs, le duo semble aujourd’hui piégé dans une cohabitation non dite, où l’autorité présidentielle peine à s’imposer face à l’activisme revendicatif de son Premier ministre.
Cette fracture pourrait avoir de lourdes conséquences si elle n’est pas rapidement résolue. Car au-delà des querelles de leadership, c’est la cohérence du projet de rupture qui est en jeu. Le peuple sénégalais, qui a massivement voté pour l’alternance, attend des réponses concrètes sur le chômage, l’éducation, le coût de la vie pas des règlements de comptes politiques.
Alors que les critiques se multiplient, une question s’impose : Diomaye Faye saura-t-il reprendre la main et incarner pleinement sa fonction, ou restera-t-il dans l’ombre d’un allié devenu trop encombrant ?

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