Le tribunal d’Abidjan-Plateau a condamné ce mardi 10 juin 2025 Souleymane Kamagaté, plus connu sous le nom de « Soul to Soul », à cinq ans de prison ferme, assortis d’une amende de 5 millions de francs CFA et de cinq ans de privation de ses droits civiques. Ancien chef du protocole de l’ex-Premier ministre Guillaume Soro, il a été reconnu coupable de recel de détournement de deniers publics et blanchiment d’argent.
Pourtant, malgré la sévérité de la peine, aucun mandat de dépôt n’a été délivré à l’audience. Kamagaté est reparti libre, en attendant un éventuel appel. Une décision qui suscite déjà de vives réactions sur la scène politique ivoirienne.
Le verdict pourrait paraître lourd : cinq années de prison, perte des droits civiques, et une lourde amende. Mais l’absence d’incarcération immédiate donne au jugement une tournure moins répressive qu’il n’y paraît. Pour plusieurs observateurs, cette formule permet de sanctionner symboliquement, tout en évitant d’alimenter les tensions sociales ou d’élever Kamagaté au rang de martyr politique.
Un procès au cœur d’un climat politique tendu
La condamnation de Soul to Soul s’inscrit dans une longue série de démêlés judiciaires visant des figures proches de Guillaume Soro, exilé depuis 2019. En 2021, ce dernier avait été condamné par contumace à 20 ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État, et reste sous le coup d’un mandat d’arrêt international.
Le mouvement Générations et Peuples Solidaires (GPS), fondé par Soro, a immédiatement réagi en dénonçant une justice instrumentalisée par le pouvoir en place. Dans un communiqué publié dans la soirée, le parti parle de « justice de règlement de comptes » et appelle à une mobilisation pacifique pour dénoncer ce qu’il qualifie de harcèlement judiciaire.
Cette affaire relance une question récurrente en Côte d’Ivoire : la justice est-elle indépendante ? Le flou entourant la détention de Soul to Soul, la lenteur de certaines procédures similaires, ou encore l’acharnement apparent contre certaines figures de l’opposition alimentent les soupçons de sélectivité politique.
Pour certains analystes, le pouvoir cherche surtout à neutraliser des opposants avant l’élection présidentielle de 2025. Le fait que Kamagaté soit désormais inéligible pourrait conforter cette hypothèse.
En sanctionnant sans incarcérer, les autorités semblent vouloir éviter l’escalade politique, tout en affirmant leur autorité. Cette approche peut s’avérer efficace à court terme, mais elle risque de nourrir, sur le long terme, un climat de méfiance croissant à l’égard de l’institution judiciaire.
Alors que le pays s’apprête à entrer en campagne électorale, cette affaire pourrait bien être le premier acte d’une bataille politique et judiciaire plus vaste.
