Elle s’enorgueillit de ses larges avenues éclairées, de ses institutions imposantes et du dôme majestueux de sa Basilique Notre-Dame de la Paix qui domine le ciel. Ville de prestige, symbole de grandeur et terre de mémoire, Yamoussoukro cultive pourtant un paradoxe cuisant. Derrière la carte postale de la capitale politique ivoirienne se cache un quotidien fait de dures réalités : ici, le robinet s’est tu, laissant place au ballet incessant du rationnement.

Dans la cité des grands édifices, l’eau potable est devenue un bien rare. De jour comme de nuit, les quartiers voient défiler des résidents de tous âges à la recherche de quelques litres du précieux liquide. Les coupures ne préviennent plus ; elles se sont installées avec la régularité d’un rituel amer. Pour les ménages, chaque journée commence par la même équation logistique : où trouver de l’eau pour les besoins élémentaires de la famille ?

Face à ces pénuries chroniques, la résilience a pris une forme bien précise. À Yamoussoukro, avoir une maison ne suffit plus : pour espérer une sérénité minimale, il faut investir dans des installations de secours. Les forages privés et les cuves de stockage sont devenus l’équipement indispensable de tout foyer qui en a les moyens. Mais pour la majorité des habitants, l’alternative se résume aux kilomètres parcourus à pied pour approvisionner le foyer.
Ce fléau interroge. Comment la capitale politique, pensée comme le fleuron de la modernisation du pays, peut-elle être confrontée à un stress hydrique aussi paralysant ? Si l’urbanisation galopante et la pression démographique sont souvent pointées du doigt, l’urgence d’une solution durable reste entière pour les usagers et les autorités.
Yamoussoukro mérite que sa grandeur architecturale s’accompagne d’une dignité hydraulique pour ses habitants. En attendant les chantiers de renforcement du réseau, la ville aux grands monuments continue de vivre en quête permanente d’eau potable.































