Pendant que le Port d’Abidjan enchaîne les records de trafic et que l’État affiche des objectifs douaniers titanesques, sur le terrain, la réalité est sans appel : le coût d’importation explose. Entre hausses tarifaires vertigineuses, frais d’acconage denses et pénalités logistiques répétées, la fiscalité portuaire locale met en péril les marges et la survie des entrepreneurs d’ici.
3 628 milliards de FCFA à recouvrer : L’État accélère, le secteur privé local étouffe
Pour l’exercice 2026, la Direction Générale des Douanes affiche un objectif de recettes nettes fixé à 3 627,89 milliards de FCFA, consolidant les sommets historiques déjà franchis en 2025.
Mais derrière la performance comptable de l’Administration publique, la pression se répercute directement sur le cordon douanier. Pour remplir les caisses publiques, les contrôles se durcissent et les réajustements tarifaires se multiplient. Résultat : l’entrepreneur local qui importe de la matière première, du matériel de production ou des pièces détachées devient le premier contributeur au premier franc payé.
Des augmentations choc : L’exemple des +900 % sur l’utilitaire
Rien ne détaille mieux ce choc financier que les révisions tarifaires appliquées sur les équipements :
Taxe portuaire multipliée par 10 : Sur les véhicules utilitaires indispensables au transport de marchandises, la taxe de passage est passée brutalement de 15 000 FCFA à 150 000 FCFA par unité, soit une hausse éclair de 900 %.
30 000 FCFA / tonne sur le matériel de maintenance : La taxe appliquée aux pièces détachées et équipements mécaniques atteint des sommets, renchérissant immédiatement l’entretien des flottes logistiques de nos PME.
La TVA obligatoire de 18 % : Contrairement au fret en transit vers les pays voisins (exonéré pour des raisons de compétitivité sous-régionale), le produit consommé localement supporte l’intégralité de la taxe sur la valeur ajoutée.
Surestaries et magasinage : La double peine des délais d’attente
Au coût d’entrée s’ajoute l’enfer des surestaries (frais de détention de conteneurs retenus par les armateurs) et du magasinage à quai.
Un simple retard de traitement administratif ou d’inspection douanière de 72 heures peut engendrer des dizaines voire des centaines de milliers de FCFA de pénalités journalières. Pour une PME ivoirienne disposant d’un fonds de roulement limité, un conteneur bloqué deux semaines suffit à siphonner l’intégralité de la marge bénéficiaire annuelle d’un projet.
L’impact direct : Production chère, compétitivité compromise
En bout de chaîne, ce sont les acteurs locaux de la transformation et du commerce qui paient le bilan :
Perte de compétitivité : Produire ou assembler en Côte d’Ivoire devient parfois plus cher que d’importer un produit fini manufacturé à l’étranger.
Inflation répercutée : L’entrepreneur n’ayant pas la capacité d’absorber ces surcoûts est contraint de monter ses prix, pesant direct sur le panier de la ménagère.
Frein à l’embauche : Les budgets d’investissement et de recrutement sont gelés pour faire face aux imprévus de la ligne logistique.
Le cri d’alarme de l’entreprenariat national
Si la modernisation des infrastructures portuaires ivoiriennes est une réussite incontestable sur le plan régional, les PME locales demandent un véritable choc de simplification et une trêve fiscale. Sans l’instauration d’un statut fiscal préférentiel ou d’abattements ciblés pour les acteurs économiques nationaux, le coût du passage portuaire continuera d’asphyxier ceux qui créent la valeur et la richesse sur le sol ivoirien.































