Lors d’un entretien accordé à France 24, le président de la transition gabonaise a partagé sa vision de la stabilité sur le continent. Face à l’impasse politique au Sahel, il plaide pour une approche pragmatique, axée sur le dialogue, le respect de la souveraineté et l’arrêt des dépenses militaires excessives au détriment des populations
« Laissez-les tranquilles » : une critique des pressions médiatiques et extérieures
Interrogé sur le refus apparent des militaires sahéliens de rendre le pouvoir aux civils, le président gabonais a d’abord invité à baisser la tension médiatique. « C’est vous qui parlez toujours d’eux. À un moment donné, je pense qu’il faut les laisser tranquilles », a-t-il lancé. Selon lui, cette focalisation permanente empêche ces gouvernements de se concentrer pleinement sur leurs missions intérieures.
Tout en réaffirmant son statut d’« homme de paix » et en rappelant que la stabilité, les libertés et le développement passent inévitablement par l’organisation d’élections, il insiste sur le fait que la contrainte a atteint ses limites. « Ce sont des États souverains. Ce que nous pouvons faire, c’est donner des conseils, mais on ne peut pas imposer », a-t-il martelé . L’objectif doit être de trouver des mécanismes pour « les accompagner dans l’apaisement, sans pourtant les frustrer, sans pourtant les prendre d’en haut » .
Les modèles de transition réussis comme sources d’inspiration
Pour convaincre les régimes du Sahel de s’engager vers la voie électorale, le dirigeant gabonais préfère miser sur la force de l’exemple plutôt que sur l’exclusion. Il cite volontiers le cas du Gabon, mais aussi celui de la Guinée sous la direction du président Doumbouya, comme des trajectoires positives .
Il a également mis en avant d’autres processus en cours sur le continent, notamment à Madagascar dont il s’apprête à recevoir le dirigeant de la transition à Libreville pour échanger sur ces questions et en Guinée-Bissau, où la volonté de respecter les calendriers électoraux fixés (un an pour l’un, deux ans pour l’autre) démontre que le retour à l’ordre constitutionnel est possible lorsque le dialogue est maintenu .
Le coût exorbitant des « efforts de guerre »
Le président gabonais a également soulevé une problématique économique et sociale majeure : le gouffre financier que représente le tout-sécuritaire pour les pays africains. Dans un contexte d’économies déjà fragiles, consacrer l’essentiel des ressources nationales à l’armement se fait au détriment direct des citoyens.
« Les efforts de guerre n’arrangent personne, ce sont les populations qui en pâtissent. Elles ont besoin d’universités, d’eau, d’électricité. Gaspiller tout cet argent pour payer de l’armement, je trouve que ce n’est plus la norme actuelle. »
Confiance envers la nouvelle direction de l’Union africaine
Face à ces défis, le chef de l’État gabonais place ses espoirs dans le renouveau des institutions continentales. Saluant l’arrivée de « nouveaux visages » à la tête de la Commission et du secrétariat général de l’Union africaine, il note que ces derniers ont pris le dossier du Sahel à bras-le-corps et privilégient désormais la discussion directe .
En guise de conclusion, le président a réitéré sa foi en une diplomatie interafricaine, loin des ingérences occidentales : « Laissez l’Union africaine discuter. C’est des problèmes africains, et on trouvera des solutions africaines » .































