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Un village nigérian baptisé ‘idiot’ change de nom

Vous rencontrez quelqu’un lors d’un voyage à Lagos ou Abuja. On vous demande d’où vous venez. Vous baissez la tête, vous fixez vos chaussures, et vous murmurez : Je viens du Village des Idiots.
Pendant plus de 70 ans, ce n’était pas une mauvaise blague, mais la réalité quotidienne des habitants d’Unguwar Wawaye, dans l’État de Kano, au nord du Nigeria. Mais depuis novembre 2019, le vent a tourné. Les « Idiots » ont officiellement disparu de la carte, laissant place aux habitants de l’Abondance.

Quand la géographie devient une insulte

Porter le nom d’un village s’appelle normalement une fierté. Pour les résidents d’Unguwar Wawaye, c’était un fardeau. Le nom, qui signifie littéralement « Zone des Idiots » en haoussa, tirait son origine d’une rivière locale (la « Rivière Idiote »).

Pourquoi la rivière était-elle jugée stupide ? L’histoire s’est perdue dans les méandres du temps, mais le stigmate, lui, était bien vivant. Difficile de paraître sérieux devant un employeur quand votre adresse postale suggère que vous vivez au pays de la bêtise. Les jeunes du village rapportaient que les rencontres amoureuses tournaient court dès que le lieu de naissance était révélé.

« Yalwar Kadana » : Le baptême de la dignité

Excédés par des décennies de moqueries, les villageois ont fini par porter plainte… auprès de leur propre identité. Ils ont sollicité l’Émir local, gardien des traditions et des noms, pour demander une « seconde naissance ». L’annonce est tombée comme une libération : Unguwar Wawaye est mort, vive Yalwar Kadana (la Zone de l’Abondance).

« C’était honteux de dire aux gens d’où je venais », confiait Bala Sani à la BBC au moment des faits. «  Maintenant, je peux le dire avec fierté.

Pourquoi c’est une leçon pour nous tous ?

Cette transition de l’idiotie à l’abondance n’est pas qu’une anecdote rigolote pour les gazettes internationales. C’est la preuve que les mots que nous utilisons pour désigner un lieu ou un peuple finissent par sculpter leur réalité.

En changeant de nom, le village n’a pas seulement changé ses panneaux de signalisation, il a brisé un plafond de verre psychologique. Aujourd’hui, à Yalwar Kadana, on ne cultive plus seulement la terre ; on cultive une fierté retrouvée. Comme quoi, il suffit parfois de quelques lettres pour passer de la risée du pays à la terre promise.

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