Une enquête journalistique de Décrypter l’Afrique lève le voile sur un réseau clandestin d’orpaillage illégal hautement organisé dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. plongéons au coeur de cette enquête.

Dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, au cœur de la région du Cavally, la forêt classée de Goin-Débé est théoriquement un espace protégé par la loi. Pourtant, derrière la canopée, se cache une réalité bien plus sombre. Accessible principalement via les localités de Zagné et de Diégonefli (Diglo) , ce massif forestier est devenu le théâtre d’une exploitation clandestine d’or à grande échelle.

« Bobi » : le maître clandestin de la forêt
Au centre de ce réseau mafieux se trouve un ressortissant malien connu sous le pseudonyme de « Bobi » . Sans aucun lien légal avec l’État ivoirien, cet individu a réussi à imposer sa propre loi sur ce domaine public. Il a mis en place un système de contrôle strict rendant la forêt totalement impénétrable pour les profanes .
Pour entrer et exploiter les richesses de la forêt, chaque travailleur doit s’acquitter d’un droit de passage fixé à 10 000 francs CFA. Une enquête de terrain, appuyée par des reçus et des documents clandestins délivrés directement par le réseau, révèle l’ampleur du butin : ce seul système de péage rapporte à « Bobi » environ 17 millions de francs CFA par mois .
Des complicités en uniforme et une logistique industrielle
Une telle entreprise ne pourrait exister de manière isolée. L’investigation journalistique met directement en cause la complicité des forces de l’ordre. À l’entrée de la forêt, les checkpoints officiels ferment les yeux, voire participent activement au trafic.
L’exemple du couloir de sécurité baptisé « Borne 2 » est édifiant. Les journalistes qui ont infiltré la zone ont constaté que ce corridor servait de point de passage pour une logistique lourde : près de 20 000 litres de carburant y transitent régulièrement pour alimenter les machines des orpailleurs clandestins . C’est cette organisation quasi-militaire qui a poussé les enquêteurs à qualifier ce réseau de véritable « multinationale du crime » .
Un fléau national à 4 600 milliards de francs CFA
Le cas de Goin-Débé n’est malheureusement que la partie émergée d’un iceberg qui ronge toute la Côte d’Ivoire. L’orpaillage illégal est devenu un fléau national aux conséquences économiques dramatiques.
Selon les données de Stanislas Zé, le patron de l’agence de notation Bloomfield Investment, le manque à gagner pour les caisses de l’État est colossal : la Côte d’Ivoire perdrait environ 4 600 milliards de francs CFA par an . Ce trafic gigantesque représente près de 142 tonnes d’or qui s’évanouissent chaque année dans les circuits informels et criminels, privant le peuple ivoirien de ressources vitales pour son développement.































