Politique

De la prison à la candidature : Le combat politique de Simone Ehivet en Côte d’Ivoire

À 79 ans, Simone Ehivet Gbagbo, figure emblématique de la scène politique ivoirienne, se prépare à challenger ses adversaires lors de la prochaine élection présidentielle. Retour sur le parcours exceptionnel d’une femme qui a su incarner résistance, engagement et ambition dans un contexte marqué par de nombreux soubresauts.

Née le 20 juin 1946 à Moossou, près de Grand-Bassam, elle est la cadette d’une famille nombreuse. Orpheline de mère dès l’âge de 5 ans, elle grandit sous l’aile de son père gendarme, avant de poursuivre des études brillantes, obtenant son baccalauréat en 1970, puis une licence à l’Université d’Abidjan. Sa soif de connaissances la mène à Paris, où elle décroche une maîtrise, puis à Dakar, où elle soutient un doctorat en 1981, consacrée au langage tambouriné.

De retour en Côte d’Ivoire, Simone Ehivet devient professeur de lycée et s’engage dans des mouvements syndicaux. Son militantisme politique apparaît dès le début des années 1980, lorsqu’elle cofonde clandestinement, avec d’autres opposants, le Front populaire ivoirien (FPI). Mariée à Laurent Gbagbo en 1989, elle joue un rôle clé dans la structuration du mouvement d’opposition face au régime du parti unique.

Son engagement la propulse dans le giron politique : députée d’Abobo en 1995, elle devient rapidement l’un des piliers du FPI, dirigeant le groupe parlementaire. Sa détermination et son charisme ont, dès lors, marqué son parcours, faisant d’elle un exemple pour de nombreuses femmes qui voient en elle une source d’inspiration dans un environnement dominé par les hommes.

Le grand tournant intervient en 2000 lorsque Gbagbo accède à la présidence, faisant d’elle la première dame. Dans ce rôle, elle coordonne la mobilisation des militants et joue un rôle stratégique face aux défis majeurs, notamment la rébellion de 2002. Son rôle pendant cette période reste une source d’admiration pour ses partisans, qui la perçoivent comme une résistante face aux pressions extérieures.

Cependant, la crise électorale de 2010 bouleverse sa trajectoire. L’élection contestée tourne à la guerre civile. Lors de la prise du pouvoir par Laurent Gbagbo, Simone est enfermée dans la résidence officielle, puis arrêtée en 2011. Condamnée en 2016 à 20 ans de prison pour “atteinte à la sûreté de l’État”, elle bénéficie en 2018 d’une amnistie, symbole d’une volonté de réconciliation nationale.

Son engagement ne s’est pas essoufflé malgré ces épreuves. Au contraire, elle se tourne vers de nouvelles formes d’engagement, en fondant en 2022 le Mouvement des Générations Capables (MGC), une plateforme politique visant à incarner une alternative crédible. La validation récente de sa candidature par le Conseil constitutionnel ravive l’espoir de ses partisans, qui voient en elle une figure capable de renouveler le leadership ivoirien.

Pour certains analystes, le MGC représente un défi pour la scène politique, même si son poids reste à mesurer en termes électoraux. La présidentielle sera une étape décisive pour cette femme, qui entend prouver que son engagement et ses compétences peuvent faire la différence.

Quoi qu’il en soit, Simone Ehivet a déjà laissé une empreinte indélébile dans l’histoire politique ivoirienne. Son parcours fascinant, marqué par la résilience et l’ambition, continue d’inspirer de nombreux citoyens, en particulier les femmes, qui aspirent à voir plus de diversité et de représentativité à la tête du pays.

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