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Politique

Mali : Comment Moscouet Alger ont scellé le sort de Kidal.

Le Mali à l’heure des comptes. Entre la perte de Kidal et la décapitation de l’appareil sécuritaire, la junte vacille. Quel rôle l’Algérie a-t-elle joué dans l’évacuation des supplétifs russes ? Pourquoi Moscou semble-t-il ajuster son soutien à Bamako ? Analyse d’un séisme sécuritaire qui redéfinit les frontières du pouvoir au Sahel.

Un séisme sécuritaire et symbolique : la perte de Kidal

L’événement le plus marquant de ces derniers jours est sans conteste la perte de la ville de Kidal. Reprise en novembre 2023 avec grand renfort de communication, Kidal était devenue le symbole de la « souveraineté retrouvée » par la junte. Sa chute aux mains d’une alliance de circonstance entre les rebelles touaregs du Front de Libération de l’Azawad (FLA) et les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) est un désaveu cinglant pour Bamako.

Selon l’expert Antoine Glaser, ce revers est d’autant plus significatif que les troupes russes de l’Africa Corps (ex-Wagner) ont été filmées quittant la ville « armes et bagages », suggérant une négociation sous l’égide de l’Algérie pour permettre leur évacuation sécurisée.

Le régime décapité : la mort de Sadio Camara

Le choc est également politique. Le ministre de la Défense, Sadio Camara, figure centrale du régime et artisan principal du rapprochement stratégique entre Bamako et Moscou, a été tué dans une attaque suicide à Kati. Sa disparition prive la junte de l’un de ses piliers les plus influents et jette un doute sur la cohésion future du petit groupe de généraux au pouvoir. Face à cette situation, le silence prolongé du président Assimi Goïta alimente les rumeurs de désarroi au sein de l’appareil d’État.

Des alliances contre-nature et des parrains régionaux

Sur le terrain, la situation est complexe. On observe une convergence tactique inédite entre les séparatistes laïcs du FLA et les djihadistes du JNIM. Bien que leurs projets politiques divergent l’indépendance pour les uns, l’instauration de la charia pour les autres ils partagent aujourd’hui un ennemi commun : la junte de Bamako.

En coulisses, la géopolitique régionale pèse de tout son poids. Les relations entre le Mali et son voisin algérien se sont brutalement dégradées, Bamako s’étant récemment tourné vers le Maroc. Pourtant, comme le souligne Antoine Glaser, rien ne semble pouvoir se régler au Nord sans l’Algérie, qui reste « l’acteur masqué » et le pivot incontournable de la zone.

Quel avenir pour le Mali ?

Isolée diplomatiquement, la junte semble incapable de répondre militairement sur l’ensemble du territoire, immense et morcelé. Si l’Africa Corps maintient sa présence à Bamako pour protéger le cœur du pouvoir, son retrait de Kidal montre les limites de l’appui russe.

Pendant ce temps, les populations civiles, délaissées par un État incapable d’assurer les services de base (justice, école), continuent de subir de plein fouet cette instabilité chronique. Alors que des figures de l’opposition, comme l’Imam Dicko en exil, commencent à imaginer l’après-junte, le Mali semble plus que jamais à la croisée des chemins.

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