À Abidjan, un constat intrigue de plus en plus d’usagers : les véhicules Yango, pourtant récents, affichent déjà des carrosseries cabossées et des états parfois inquiétants. À côté, des taxis plus anciens tiennent encore la route… Que se passe-t-il vraiment sur nos routes ?
Un paradoxe visible dans les rues d’Abidjan
Dans les rues de Abidjan, le contraste saute aux yeux.
D’un côté, des taxis traditionnels parfois âgés de 10 à 15 ans, mais encore relativement propres et fonctionnels.
De l’autre, des véhicules affiliés à Yango, souvent récents (moins de 3 ans), mais déjà marqués par des chocs, rayures et bosses.
Ce phénomène soulève une vraie question : comment des voitures neuves peuvent-elles se détériorer aussi vite ?
La pression de la rentabilité : rouler coûte que coûte
Le modèle économique des VTC pousse les chauffeurs à maximiser leurs courses.
Résultat :
- Journées très longues (parfois 12 à 16h de conduite)
- Peu de repos pour le véhicule
- Objectif : enchaîner les trajets pour rentabiliser la location ou le crédit
Contrairement aux taxis classiques, souvent propriétaires de leur véhicule, beaucoup de conducteurs Yango travaillent sous pression financière. Chaque minute compte… et parfois, la prudence passe au second plan.
Une conduite plus agressive en circulation dense
Abidjan est connue pour ses embouteillages et son trafic imprévisible.
Dans ce contexte :
- Changements de voie brusques
- Dépassements risqués
- Freinages fréquents
Les chauffeurs VTC, pressés par le temps et les courses, adoptent souvent une conduite plus nerveuse que les taxis traditionnels, généralement plus expérimentés et “posés”.
Des accidents fréquents… mais peu médiatisés
Entre petits accrochages quotidiens et accidents plus graves, les véhicules Yango sont fortement exposés.
Certains cas :
- Accidents mineurs répétés (rayures, pare-chocs)
- Chocs plus sérieux immobilisant temporairement le véhicule
- Réparations rapides, parfois approximatives, pour reprendre vite la route
À force, la voiture perd rapidement son état d’origine.
Entretien négligé : la course avant tout
Contrairement aux taxis classiques, où le véhicule est souvent entretenu avec soin car il représente un patrimoine, certains véhicules Yango subissent :
- Un entretien minimal
- Des réparations “à moindre coût”
- Un suivi mécanique irrégulier
L’objectif reste simple : remettre la voiture en circulation le plus vite possible.
Expérience vs précipitation
Un autre facteur clé : l’expérience.
Beaucoup de chauffeurs de taxis traditionnels ont :
- Plusieurs années (voire décennies) de conduite
- Une meilleure lecture du trafic
- Des réflexes plus prudents
À l’inverse, certains chauffeurs VTC sont nouveaux dans le métier, parfois moins formés aux réalités du terrain ivoirien.
Ce que disent les Abidjanais
Arnaud, Cocody :
« Franchement, quand tu vois un Yango, tu regardes d’abord l’état de la voiture avant de monter. Parfois ça fait peur… pourtant c’est censé être neuf. »
Mariame, Yopougon :
« Ils roulent trop vite ! On dirait qu’ils sont en compétition. Moi je préfère même prendre un vieux taxi tranquille. »
Koffi, chauffeur taxi :
« Nous, on respecte la voiture parce que c’est notre gagne-pain. Si tu casses tout aujourd’hui, demain tu fais comment ? »
Kevin, chauffeur Yango :
« Ce n’est pas facile. Si tu ne fais pas beaucoup de courses, tu ne gagnes rien. Donc oui, on est pressés. »
Aïcha, Marcory :
« J’ai déjà fait un accident dans un Yango. Depuis, je fais attention au conducteur avant de commander. »
Entre pression économique, conduite à risque, manque d’expérience et entretien parfois négligé, la situation semble être un mélange de plusieurs facteurs.
Mais une chose est sûre :
Le modèle VTC, tel qu’il est pratiqué actuellement à Abidjan, met les véhicules (et parfois les passagers) à rude épreuve.































