Les coups d’État, quels que soient leur pays, leur époque ou leurs acteurs, suivent souvent les mêmes réflexes stratégiques. Parmi eux, la prise du siège de la télévision publique reste l’une des priorités absolues des putschistes. L’attaque avortée contre l’ORTB lors de la tentative de coup d’État à Cotonou ne déroge pas à cette tradition. Mais pourquoi cette obsession pour les médias d’État ?

1. La télévision publique : le symbole du pouvoir
La télévision nationale incarne l’autorité de l’État.
S’emparer de ses locaux, c’est envoyer un message fort : « Nous contrôlons désormais les institutions. »
Pour les putschistes, ce geste est aussi symbolique que stratégique. Aux yeux du public comme de la communauté internationale, celui qui parle depuis la télévision d’État se positionne comme le nouvel homme fort du pays.
2. Le contrôle du récit : imposer sa version des faits
Dans toute tentative de coup d’État, l’information est une arme.
Le premier objectif est donc de maîtriser le récit :
- empêcher le gouvernement légitime de communiquer,
- éviter la panique ou la mobilisation populaire contre le putsch,
- diffuser immédiatement une déclaration pour légitimer le renversement.
En Afrique comme ailleurs, la télévision publique reste le média perçu comme « officiel ». Même à l’ère des réseaux sociaux, c’est elle qui donne le ton.
3. La télévision : un levier pour neutraliser les forces loyales
Les putschistes savent que les forces de défense attendent des consignes.
S’ils contrôlent la télévision, ils peuvent :
- annoncer la suspension de la Constitution,
- prétendre que l’armée les soutient,
- démoraliser les unités restées fidèles au pouvoir.
Beaucoup de coups d’État réussis ont été appuyés par un communiqué lu en uniforme, parfois sans que toute l’armée ne soit réellement derrière eux.
4. Le cas du Bénin : une stratégie classique mais risquée
Lors de la récente attaque à Cotonou, les assaillants auraient tenté de prendre le contrôle de l’ORTB, un choix qui confirme la logique historique.
Mais :
- les forces loyalistes ont réagi rapidement,
- les assaillants n’ont pas pu prendre l’antenne,
- aucune communication n’a été diffusée,
- et leur crédibilité s’est immédiatement effondrée.
Dans les coups d’État modernes, ne pas maîtriser la communication dès les premières minutes équivaut presque à un échec annoncé.
5. Une bataille médiatique à l’ère numérique
Si les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place majeure, la télévision publique reste la plateforme de référence, notamment dans les zones où l’accès à internet est limité.
Les putschistes le savent :
une vidéo diffusée sur Facebook n’aura jamais le même poids qu’un communiqué lu en direct sur la chaîne nationale.
Conclusion
La tentative de coup d’État au Bénin rappelle que, même en 2025, la logique des putschs n’a pas changé : prendre la télévision publique, c’est tenter de prendre le pays.
Dans un environnement où chaque minute compte, le contrôle de l’information reste l’arme la plus puissante parfois plus que les armes elles-mêmes.































