Pour comprendre le centre de la Côte d’Ivoire, il faut arrêter de voir le pays Dans l’imaginaire collectif, le centre de la Côte d’Ivoire est une terre uniforme : le « V-Baoulé« . Pourtant, cette vaste région est une mosaïque complexe où des groupes aux identités fortes subsistent, souvent éclipsés par l’influence du grand bloc Akan. Des guerriers de Béoumi aux gardiens spirituels de Sakassou, plongée au cœur de ces cinq ethnies Satikran, Kodè, Faafoué, Gbin , N’Gban et les Wan qui font la richesse du Centre.

Les Wan : Les génies derrière le masque Goli
C’est sans doute le groupe le plus fascinant. Bien qu’ils vivent entre Béoumi et Kounahiri, les Wan ne sont pas des Akans. Ils appartiennent au groupe Mandé-Sud (comme les Dan ou les Guro).
Tout le monde pense que le célèbre masque Goli (le masque en forme de disque) est Baoulé. C’est faux. Les Baoulé l’ont emprunté aux Wan au XIXe siècle. Les Wan ont conservé leur langue, le Wan, malgré une « baoulisation » culturelle de façade. Ils sont les véritables maîtres des masques de danse et de sagesse dans cette région.

Les Gbin : Les autochtones invisibles de Sakassou
Si Sakassou est la capitale politique du royaume Baoulé, les Gbin en sont les propriétaires terriens originels.
Les Gbin ont presque totalement perdu leur langue d’origine au profit du Baoulé. Ils sont devenus « invisibles » car ils se sont fondus dans l’appareil d’État du royaume. Pourtant, dans la tradition, on ne peut rien faire d’important à Sakassou sans l’aval des chefs de terre Gbin. Ils conservent le « droit de sol« . Ce sont eux qui « installent » mystiquement les nouveaux arrivants, même les nobles.
Les N’Gban : Les « Akan » de l’Est du centre
Situés vers M’Bahiakro, les N’Gban forment une transition entre les Baoulé et les Agni. On les classe souvent comme Baoulé par facilité administrative. Pourtant, leur organisation sociale est beaucoup plus proche des Agni du Sanwi.
Ils possèdent une manière de parler et des noms propres (comme Aka, Kouamé, mais avec des terminaisons spécifiques) qui marquent leur différence. Ils se considèrent comme un groupe autonome qui a choisi l’alliance plutôt que la soumission lors des grandes migrations.
Les Satikran : L’aristocratie guerrière de Béoumi
Dans la région de Béoumi, les Satikran ne se considèrent pas comme de simples membres de la confédération. C’est un clan d’élite, une caste de guerriers qui a farouchement protégé son autonomie politique au fil des siècles. Ils revendiquent une origine distincte, celle de protecteurs des frontières ouest. Chez les Satikran, la chefferie n’est pas qu’un titre, c’est un art de la guerre et de la diplomatie qui se transmet avec une rigueur ancestrale.
Les Kodè : Les maîtres du fleuve Bandama
Si le cliché veut que le Centre soit une terre de planteurs d’igname, les Kodè viennent briser ce mythe. Véritables « hommes-poissons« , ils vivent en symbiose avec le fleuve Bandama. Bateliers et pêcheurs d’exception, ils possèdent une connaissance mystique des courants et des génies de l’eau. Leur dialecte est truffé d’expressions liées à la navigation, rendant leur parler unique et parfois difficile à saisir pour les Baoulé des terres.
Les Faafoué : Les « boucliers » de la métropole
Bouaké, la deuxième ville du pays, ne serait rien sans les Faafoué. Installés tout autour de la ville, ils étaient historiquement les « sentinelles » chargées de surveiller les incursions venant du Nord.
Propriétaires coutumiers des terres de Bouaké, ils luttent aujourd’hui pour que leur identité culturelle ne soit pas totalement absorbée par l’urbanisation galopante et le cosmopolitisme de la région. Bien qu’ils aient presque totalement adopté la langue baoulé, ils restent les propriétaires terriens originels (autochtones).
Aucun rite royal d’envergure ne peut être validé sans l’onction des chefs Gbin. Ils sont la preuve vivante qu’avant l’arrivée de la noblesse Akan, une civilisation solide occupait déjà ces terres.
Pourquoi sont-ils méconnus ?
La domination du Baoulé (langue de commerce, de politique et de médias) a agi comme un rouleau compresseur. Pour réussir ou commercer, ces petits groupes ont dû adopter la langue dominante. Aujourd’hui, on assiste à un réveil identitaire : les jeunes Wan ou N’Gban cherchent à documenter leurs origines pour ne pas être simplement des « Baoulé par défaut« .































