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Côte d’Ivoire : Le piment, de condiment de base à produit de luxe

En l’espace de seulement huit semaines, le prix du seau de piment a subi une inflation vertigineuse sur les étals ivoiriens. Passant de 1 000 FCFA à 15 000 FCFA par endroits, cette flambée déstabilise l’économie des ménages et le secteur de la restauration.

C’est une odeur de crise qui flotte sur les marchés d’Abidjan et de l’intérieur du pays. Le piment, ingrédient incontournable de la sauce ivoirienne, brûle désormais les doigts avant même d’arriver en cuisine. En janvier dernier, les ménagères s’approvisionnaient encore avec aisance, le seau de référence se négociant aux alentours de 1 000 FCFA. Aujourd’hui, il faut débourser jusqu’à 15 000 FCFA pour la même quantité, soit une augmentation spectaculaire de 1 400 %.

Un cocktail de facteurs explosifs

Plusieurs raisons expliquent ce passage brutal du « bon marché » à « l’inaccessible » :

En ce mois de mars, la chaleur intense a asséché les zones de production maraîchère. Sans systèmes d’irrigation adéquats, les récoltes se sont raréfiées, créant un vide sur le marché de gros. La coïncidence avec le mois de Ramadan et les célébrations de la Korité a boosté la demande de manière exceptionnelle. Dans ce contexte, la loi de l’offre et de la demande joue en défaveur du consommateur. Face à la rareté, les commerçants doivent parcourir de plus longues distances pour s’approvisionner, répercutant le prix du transport sur le seau final.

Le cri du cœur des populations

Dans les marchés d’Adjamé et de Treichville, le constat est amer. « Avant, avec 100 francs, on avait un petit tas généreux. Aujourd’hui, on nous donne deux petits piments rabougris pour le même prix« , confie une cliente.
Pour les restaurateurs, la situation est critique. Augmenter le prix du plat ou réduire la qualité ? Beaucoup choisissent de réduire les portions de piment d’accompagnement, au risque de décevoir une clientèle habituée au goût relevé.

Quelles perspectives ?

Si cette flambée est cyclique, son intensité en 2026 inquiète. Elle pose une nouvelle fois la question de la souveraineté alimentaire et de la nécessité de moderniser les infrastructures de stockage et d’irrigation pour lisser les prix tout au long de l’année.

En attendant le retour des grandes pluies prévu pour avril, qui devrait soulager les cultures, les Ivoiriens apprennent à cuisiner « moins piquant« , ou du moins, à prix d’or.

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