Alors que beaucoup fustigent les religions dites « importées » comme étant le poison de l’Afrique, une nouvelle vague prône le retour aux divinités de nos ancêtres (Kémitisme, animisme, cultes endogènes). Mais posons les pieds dans le plat : si ces dieux étaient si puissants, pourquoi l’Afrique a-t-elle genou à terre depuis des siècles ? Et si le « retour aux sources » n’était qu’un autre leurre pour fuir nos responsabilités ?
Le mythe de la protection ancestrale
Le discours est séduisant : « Nos ancêtres étaient des géants, leurs dieux étaient les vrais. » Soit. Mais la rigueur historique nous oblige à une question brutale : où était Osiris, où était Ogun, où étaient les génies de nos forêts et de nos fleuves quand les côtes africaines se sont transformées en marchés à esclaves ?
Si l’on rejette le Dieu des chrétiens parce qu’il n’a pas arrêté les fouets des colons, il faut avoir le courage de demander pourquoi les fétiches et les divinités locales, censés protéger la terre de nos pères, ont laissé ces mêmes pères être enchaînés et déportés par millions.

L’échec d’une spiritualité « bouclier »
Les Kémites d’aujourd’hui vantent une science mystique supérieure. Pourtant, face aux canons de l’Europe et à l’organisation des empires envahisseurs, cette spiritualité n’a servi ni de bouclier, ni de rempart. Pire, certains royaumes africains, pourtant profondément ancrés dans leurs cultes traditionnels, ont eux-mêmes participé à la traite de leurs frères. Leurs dieux n’ont pas crié « justice ». Ils ont observé le chaos, tout autant que les dieux d’ailleurs.
Remplacer une chaîne par une autre ?
Le danger du Kémitisme actuel est de faire croire aux Africains que leur salut viendra d’un « réveil spirituel » ou d’une reconnexion mystique. C’est la même erreur que celle que l’on reproche aux églises de réveil : faire croire que le spirituel commande le matériel.
Pendant que nous débattons pour savoir si nous devons prier dans une église, une mosquée ou devant un autel de libation, le reste du monde avance avec les algorithmes, l’industrie et la conquête spatiale. Le « Dieu des ancêtres » n’est pas plus une garantie de PIB ou de sécurité militaire que les autres.
La fin du romantisme
Dire que le Dieu des Blancs ou des Arabes est un leurre est une position qui se défend. Mais affirmer que nos divinités perdues sont la solution, c’est refuser de voir que l’Afrique a été vaincue malgré (ou à cause de) sa ferveur spirituelle de l’époque.
L’Afrique n’a pas besoin de nouveaux prêtres, qu’ils portent des soutanes ou des pagnes traditionnels. Elle a besoin de bâtisseurs. Le plus grand leurre serait de croire qu’en changeant de temple, nous changerons notre destin sans changer notre rapport à la science et au travail.































