Un récit glaçant qui lève le voile sur l’envers du décor du succès religieux.
Avant de devenir la coqueluche du gospel ouest-africain au milieu des années 2000, Excel, de son vrai nom Euman Can Jean-Yves, traînait déjà de lourds bagages émotionnels. Engagé dès l’âge de 13 ans dans le ministère auprès du pasteur San Mohamed, le jeune homme confie avoir grandi dans un environnement familial marqué par un cruel manque d’affection.
L’arrivée d’une belle-mère dans la concession familiale va sceller sa rupture avec ses proches. Malgré le succès phénoménal de ses premiers albums et des concerts à guichets fermés, la réalité domestique est une humiliation quotidienne.

« Dehors j’étais le King, reçu par des autorités, mais quand je rentrais à la maison, on me rabaissait. On me faisait vider les poubelles de force pour me montrer que ma gloire ne valait rien », confie-t-il avec amertume.
Ce grand écart psychologique le pousse, dans l’ombre, vers des excès de jeunesse et une consommation d’alcool pour anesthésier sa souffrance.
Le piège du village et la mystérieuse boule verte
Devenu son propre producteur, Excel diversifie ses activités économiques et la bénédiction financière frappe à sa porte. Flotte de taxis à Abidjan, restaurants ouverts en Côte d’Ivoire, au Maroc et en France, voitures de luxe (Porsche, Range Rover, BMW)… Le chantre ne se cache plus et partage généreusement sa fortune avec ses pairs. C’est en décidant d’investir dans son village natal que le piège de l’aigreur va se refermer sur lui.
À la suite d’un séjour dans sa localité d’origine, l’artiste s’installe avec un cousin pour partager un verre. C’est le début d’un calvaire médical innommable. À 3 heures du matin, son ventre triple de volume. Les douleurs sont si insupportables qu’il hurle à réveiller tout le quartier.
« Tu as clairement l’impression qu’il y a quelque chose d’étranger qui marche dans tes entrailles », explique l’artiste.
Conduit d’urgence à la PISAM, le corps médical multiplie les examens : pancréas, foie, estomac… Tout est cliniquement normal. Pourtant, Excel se vide de ses forces et se prépare à mourir. Le salut viendra d’un remède traditionnel de secours, le charbon de bois contre-poison, envoyé par sa tante. Après l’avoir ingéré, le chantre subit une crise de vomissements spectaculaire, libérant une intrigante « boule verte » qui le guérit instantanément. Fait troublant : le cousin en question coupera définitivement les ponts avec lui dès le lendemain.
La prophétie de mort : « Ils ont tué mon fils »
Le répit est de très courte durée. L’ombre de la mort continue de roder autour du businessman chrétien. Quelques jours plus tard, son cousin germain et bras droit, Booba, s’effondre et meurt subitement. Pris d’une panique mystique et d’un discernement spirituel aigu, Excel ordonne à son épouse de plier bagage pour fuir la Côte d’Ivoire : « Rentrons en France. À Abidjan, ils m’ont manqué, ils ont pris Booba, j’ai l’impression qu’ils veulent arracher quelqu’un d’autre parmi nous. »
La tragédie frappe quelques semaines plus tard, touchant l’être le plus innocent de sa vie. Suite à une série de pannes mécaniques simultanées et hautement suspectes sur ses véhicules, le chantre se retrouve bloqué chez lui sans moyen de locomotion. C’est ce jour-là que sa nounou constate que son nourrisson est en détresse respiratoire.
Sans voiture, dépendants de la générosité d’un voisin pour foncer vers l’hôpital de Bingerville, le retard s’avère fatal.
« Mon fils est mort dans mes bras, à l’hôpital. Quand le médecin est sorti pour m’annoncer son décès, le monde s’est écroulé. J’ai dit à Dieu : j’arrête tout. Laissez-moi avec vos affaires de ministère. »
Ruine financière, dépression et silence radio
La perte de son enfant sonne le glas de la carrière d’Excel. En parallèle, sa compagnie de transport est décimée : sa flotte de 13 taxis subit des accidents en cascade d’une violence inouïe. Épuisé physiquement par les séquelles du poison, terrassé par le deuil et ruiné, l’artiste quitte définitivement la Côte d’Ivoire pour s’exiler en France, où il sombre dans une dépression clinique majeure.
L’artiste ne cache pas non plus sa profonde déception vis-à-vis de la communauté des chantres ivoiriens. Alors qu’il passait pour un grand rassembleur, aucun grand nom de la musique chrétienne ne lui a tendu la main ni passé un coup de fil pendant sa traversée du désert, hormis les marques de sympathie de Guy Christ Israël et de Larissa du groupe Eden. Pour couronner le tout, des campagnes de dénigrement l’accusaient sur les réseaux sociaux de fréquenter des femmes mariées pour survivre.
Le chemin de la rédemption
Aujourd’hui, Excel a choisi la thérapie du silence et du travail. Cuisinier diplômé et professionnel, il gère son propre restaurant à Troyes (France) où il officie lui-même derrière les fourneaux, loin de ce qu’il qualifie de « mascarade et d’amusement » des ministères virtuels sur TikTok et Facebook.
Apaisé, soutenu par une épouse qu’il qualifie de « sauveuse » et grandement fortifié par ses enfants, l’interprète de « Seigneur descends » prépare activement son retour sur la scène gospel. Un retour qui se fera sous le sceau de la maturité, de la vérité brute et d’une résilience à toute épreuve. Excel a survécu à l’enfer, et il est prêt à reprendre sa place.































