Elles squattent les Lives TikTok 24h/24, entourées de bassines, de poudres inconnues et de flacons sans étiquette. Autoproclamées « ingénieures chimiques » ou « cosmétologues », ces influenceuses d’un nouveau genre fabriquent en direct des décoctions éclaircissantes, des thés miracles et des produits de « forme ». Un business ultra-lucratif aux conséquences sanitaires irréversibles.

Le rendez-vous est quotidien et le décor presque toujours le même. Face caméra, une jeune femme, gants en plastique aux mains, touille énergiquement une pâte blanchâtre dans une bassine. Autour d’elle, des dizaines de tubes de crèmes corticoïdes achetés sur les marchés, des huiles mystérieuses et des poudres blanches à la provenance douteuse.
En Côte d’Ivoire et dans la sous-région, le phénomène des « chimistes de TikTok » a pris l’ampleur d’une véritable crise de santé publique. Sous le pseudonyme de « coachs beauté » ou de « CEO », ces femmes vendent l’illusion d’une transformation physique instantanée à une clientèle prête à tout.
Le grand bluff des laboratoires improvisés sur les réseaux
Ce qui choque le plus dans ce trafic d’un genre nouveau, c’est l’impunité et l’amateurisme revendiqués. Sans aucune formation en bio-chimie, en médecine ou en dermatologie, ces vendeuses s’autoproclament expertes. Pour ferrer leurs proies, elles rivalisent d’ingéniosité commerciale :
Des retransmissions en direct qui durent parfois des nuits entières pour créer une proximité hypnotique avec les abonnées.
Savons « blancheur TGV », pommades « teint métissé en 3 jours », thés « ventre plat immédiat » ou huiles pour « ajuster les formes » (fesses et seins).
Le comble du cynisme est atteint lorsque ces influenceuses vendent, à prix d’or, des « formations en ligne » pour apprendre à d’autres jeunes filles à reproduire leurs mélanges toxiques. Et le marketing de la mort fonctionne : dans les commentaires, les commandes s’arrachent « comme des petits pains ». Les paiements par Mobile Money crépitent et les services de livraisons s’activent pour expédier ces poisons aux quatre coins d’Abidjan.
Un cocktail toxique aux conséquences irréversibles
Derrière les filtres flatteurs de TikTok et les promesses de beauté, la réalité médicale est un film d’horreur. Pour obtenir un éclaircissement ultra-rapide ou une perte de poids spectaculaire, ces « chimistes » n’hésitent pas à utiliser des substances interdites ou mortelles à haute dose : hydroquinone industrielle, dermocorticoïdes puissants (normalement soumis à prescription médicale stricte), voire des produits décapants pour sols.
Les dermatologues et médecins ivoiriens tirent la sonnette d’alarme face à l’afflux de victimes dans les hôpitaux. Les diagnostics sont effroyables :
Vergetures géantes et profondes (surnommées « zébrures »), brûlures au second degré, hyperpigmentation rebelle (« l’effet fanta-coca »), et atrophie cutanée rendant toute suture chirurgicale impossible en cas d’accident.

Insuffisances rénales aiguës causées par l’ingestion de thés minceur non contrôlés ou le passage des corticoïdes dans le sang, dérèglements hormonaux sévères, et cancers de la peau.
L’urgence de casser le réseau des apprenties sorcières
Face à ce fléau, le vide juridique et le manque de contrôle sur les réseaux sociaux laissent le champ libre aux vendeuses d’illusions. Si la police de la cybercriminalité traque les arnaques financières, la régulation des produits de santé vendus en Live reste un immense défi.
Il devient urgent que les autorités sanitaires et les plateformes numériques unissent leurs forces pour interdire ces comptes, bloquer les flux financiers de ce commerce illégal et engager des poursuites pénales pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « exercice illégal de la médecine ». En attendant, la vigilance doit être collective : la beauté ne devrait jamais s’acheter au prix de sa propre vie.































