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Politique

Assalé Tiémoko dérange, mais fait-il peur à la justice ivoirienne ?

Le communiqué du Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Bingerville, daté du 29 avril 2025, éclaire d’un jour nouveau la relation ambiguë entre les institutions judiciaires et l’un des hommes publics les plus tranchants du pays : Assalé Tiémoko Antoine. Tour à tour journaliste d’investigation, député et figure engagée de la société civile, il incarne depuis plusieurs années une voix critique et souvent dérangeante dans le paysage politique ivoirien.

Mais ce document officiel, en apparence banal, soulève une question plus profonde : Assalé Tiémoko fait-il peur aux institutions de la République ?

Une plainte classée, mais pourquoi ?

Tout part de plusieurs plaintes visant un individu, M. Kome Bakary, pour faux et usage de faux. Deux plaignants, MM. Mambo Gérard et Mambo Yapi, sont entendus, leur plainte aboutit à l’ouverture d’une information judiciaire. La même plainte, déposée quelques jours plus tard par Assalé Tiémoko, est classée sans suite, le parquet évoquant « l’inopportunité des poursuites ».

Une décision qui pourrait être simplement juridique. Mais dans le contexte ivoirien, où la lecture politique des décisions judiciaires est souvent plus forte que leur dimension technique, le classement d’une plainte déposée par une personnalité aussi médiatisée ne peut passer inaperçu.

Ce classement alimente une perception selon laquelle les actions de la justice varient selon le profil du plaignant, même lorsque les faits dénoncés sont similaires. Et dans l’opinion, cela pose une équation sensible : la justice est-elle libre face à Assalé Tiémoko, ou agit-elle avec excès de précaution ?

Une indisponibilité à répétition, un choix ou un message ?

Autre point troublant du communiqué : le parquet indique n’avoir jamais pu notifier à Assalé Tiémoko l’avis de classement de sa plainte. Ce dernier, selon le document, aurait « à maintes reprises » fait part de son indisponibilité.

Simple empêchement d’un député débordé ? Refus implicite de collaborer avec un appareil judiciaire qu’il juge partial ? Ou stratégie de communication ? Le silence d’Assalé Tiémoko sur ce point laisse place aux spéculations.

Mais une chose est certaine : le bras de fer silencieux entre lui et certaines institutions est bien réel. Et il s’inscrit dans une tension de fond entre la parole politique, l’activisme citoyen et la légitimité des structures républicaines.

Un homme qui dérange plus qu’il n’intimide

Assalé Tiémoko ne fait pas peur au sens traditionnel. Il ne bloque pas les procédures, il ne paralyse pas l’appareil judiciaire. Mais il oblige ceux qui le combattent ou le jugent à peser leurs mots, leurs gestes, et surtout leurs silences. Car chaque décision à son encontre devient un sujet d’opinion publique. Chaque affrontement judiciaire peut se retourner en procès médiatique.

C’est cela, sa vraie force : l’opinion.

En mêlant politique, journalisme et activisme, il est devenu un symbole d’alerte, d’indignation et parfois de résistance. Ce pouvoir informel, hors des circuits officiels, mais ancré dans la sphère publique, est peut-être plus efficace et plus redouté que tout mandat électif.

Une démocratie à l’épreuve du contre-pouvoir

Ce cas révèle un enjeu central : comment les institutions républicaines gèrent-elles les contre-pouvoirs qui émergent hors de leur contrôle direct ? La solidité d’un État ne se mesure pas à sa capacité à faire taire les voix dissidentes, mais à les intégrer dans un débat démocratique structuré et transparent.

Assalé Tiémoko est un de ces citoyens qui forcent l’État à s’expliquer. Non parce qu’il est au-dessus des lois. Mais parce qu’il incarne une vigilance que beaucoup, silencieusement, partagent.

En fin de compte, ce n’est peut-être pas la peur qu’il inspire. C’est la conscience qu’il éveille.

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