Ce qui devait être une banale opération de sécurité s’est transformé en bain de sang à la Maison Pénale de Bouaké, mardi 3 mai 2025. Bilan officiel : cinq détenus tués, vingt-neuf blessés, dont des membres du personnel pénitentiaire. Une « fouille de routine » qui interroge et scandalise.
Selon un communiqué du parquet de Bouaké, les agents pénitentiaires étaient venus chercher « des objets prohibés ». Une mission classique, soi-disant menée dans le cadre des procédures habituelles. Mais comment expliquer que cette opération ait fini dans un tel carnage ? Pourquoi l’intervention a-t-elle dégénéré précisément au Bâtiment E, connu, selon plusieurs sources anonymes, pour être une poudrière à ciel ouvert depuis des mois ?
Les détenus auraient répliqué avec violence, armés de gourdins, de machettes, voire d’objets contondants. Mais comment ces armes se retrouvent-elles entre les mains de prisonniers censés être sous étroite surveillance ? Qu’est-ce que cela dit du contrôle réel exercé par l’administration pénitentiaire ?
Débordés, les agents auraient tiré en l’air pour se replier. Un usage de la force qui pose question : des tirs de sommation peuvent-ils à eux seuls expliquer cinq morts ?*Ce qui choque, ce n’est pas seulement la brutalité des événements, mais l’opacité du récit officiel. Une opération « poursuivie malgré tout », qui aurait permis la saisie de drogues, d’armes blanches, et même de grenades, comme si la prison de Bouaké était devenue une zone de non-droit totalement infiltrée.
La question est grave : comment des grenades entrent-elles dans un établissement pénitentiaire en Côte d’Ivoire en 2025 ?
Une enquête a bien été ouverte, promet le parquet. Mais dans un pays où les enquêtes officielles se perdent trop souvent dans les limbes administratifs, qui portera la responsabilité de ces morts ? Quelles sanctions seront prises ? Y aura-t-il même des sanctions ? Ou s’agira-t-il, encore une fois, d’étouffer le scandale derrière des formules vagues de « mutinerie » et de « rétablissement de l’ordre » ?
Les familles des détenus tombés dans cette tragédie réclament des réponses. Et la société civile s’interroge : faut-il craindre aujourd’hui d’être tué dans une prison ivoirienne pour avoir « mal réagi » à une fouille ?































