L’image a de quoi faire grincer des dents. Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir par un coup d’État militaire en septembre 2021, a été accueilli en grande pompe par plusieurs chefs d’État africains ces derniers mois. Tapis rouge, accolades, photos officielles… Comme si tout le monde avait soudain oublié que l’homme a déposé, sans détour, un président élu. Mais alors, pourquoi lui et pas les autres ?
À Bamako comme à Ouagadougou, on observe la scène avec amertume. Assimi Goïta au Mali et Ibrahim Traoré au Burkina Faso, eux aussi arrivés par la force, n’ont pas droit aux mêmes égards. Exclus des sommets de la CEDEAO, isolés diplomatiquement, menacés de sanctions économiques… Ces deux régimes sont traités comme des parias. Pourtant, le fond reste le même : des coups d’État militaires dans des contextes de rejet populaire des élites politiques.
Alors qu’est-ce qui fait la différence entre Doumbouya, le bon soldat, et les autres, les mauvais élèves ? L’envers du décor mérite qu’on s’y attarde.
Un vernis de respectabilité vite appliqué
Mamadi Doumbouya a rapidement adopté un style présidentiel : costume-cravate, discours mesurés, mise en scène de la transition, promesse de retour à l’ordre constitutionnel… Il s’est aussi montré très habile sur le terrain diplomatique. Résultat : en moins de deux ans, le colonel guinéen a su transformer son image de putschiste en chef d’État fréquentable.
Mais derrière cette “normalisation” éclair, une réalité subsiste : la transition piétine. Le calendrier électoral est flou, les tensions politiques internes persistent, les arrestations arbitraires se multiplient, et les voix critiques sont étouffées. Mais cela, on en parle moins.

Le Burkina et le Mali : mêmes méthodes, autre posture
À l’inverse, le Mali et le Burkina Faso ont pris un chemin frontal. Désengagement de la CEDEAO, rejet affirmé de la France, alliance stratégique avec la Russie, discours panafricaniste musclé… Ces régimes ont clairement choisi de rompre avec les codes diplomatiques classiques. Et cela dérange.
En réalité, le problème n’est pas tant le coup d’État en lui-même, mais la posture politique et diplomatique adoptée après. Doumbouya ruse, temporise, joue le jeu de la diplomatie africaine et internationale. Goïta et Traoré, eux, assument la rupture, dénoncent un système, réclament une souveraineté totale… et s’enferment dans une logique de confrontation.
Une hypocrisie diplomatique assumée ?
Le deux poids, deux mesures saute aux yeux. En accueillant Doumbouya avec les honneurs, les États africains valident de fait les coups d’État “acceptables” ceux qui ne dérangent pas l’ordre régional ou les intérêts stratégiques dominants.
Cette situation pose une question plus large : la démocratie en Afrique est-elle à géométrie variable ? Pourquoi certaines transitions militaires sont-elles légitimées tandis que d’autres sont condamnées sans appel ?
Le traitement différencié entre la Guinée, le Mali et le Burkina Faso décrédibilise les institutions africaines, à commencer par la CEDEAO et l’Union Africaine, qui peinent à tenir une ligne claire et cohérente.
Le danger d’un précédent
Ce traitement de faveur accordé à Mamadi Doumbouya crée un précédent inquiétant. Il envoie ce message : « Si vous êtes malin, que vous soignez votre image et que vous ménagez vos relations extérieures, vous pouvez prendre le pouvoir par la force sans conséquences durables. » Une leçon inquiétante dans une Afrique de l’Ouest en proie à l’instabilité.
Mamadi Doumbouya n’est pas moins putschiste que Goïta ou Traoré. Il est juste plus stratégique, plus silencieux, et moins subversif pour l’ordre établi. Son acceptation diplomatique en dit long sur les calculs géopolitiques, l’hypocrisie des élites régionales et le double discours permanent sur la démocratie en Afrique.
L’Afrique ne manquera jamais de coups d’État. Mais ce qui manque cruellement, c’est une boussole morale constante, un respect des principes sans exception.
































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