Au Cameroun, Issa Tchiroma Bakary s’est autoproclamé président élu après le scrutin du 12 octobre 2025. Contestant les résultats provisoires qui placent Paul Biya en tête, il dénonce des fraudes massives. Entre affrontements, réactions internationales et incertitude politique, retour sur une crise qui ébranle le pays.
1. Une élection sous tension
Le 12 octobre 2025, les Camerounais se sont rendus aux urnes pour élire leur président. Ce scrutin, très attendu, marquait un tournant dans l’histoire politique du pays :
- Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, briguait un nouveau mandat.
- Face à lui, Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre et porte-parole du gouvernement, s’était repositionné comme candidat de l’opposition, promettant « la fin d’un système ».
Malgré une campagne marquée par des restrictions, le taux de participation officiel avoisine 61 %, selon la Commission nationale de décompte.
2. Les chiffres provisoires : deux vérités qui s’affrontent
➤ Les résultats officiels provisoires
D’après les données partielles publiées par la Commission nationale de décompte (CNE) :
- Paul Biya : 53,66 %
- Issa Tchiroma Bakary : 35,19 %
- Autres candidats : 11,15 %
Ces chiffres, relayés par la presse nationale et internationale, confirment la continuité du régime Biya, bien que le vote ait été marqué par des irrégularités signalées dans plusieurs régions anglophones.
➤ Les chiffres revendiqués par Issa Tchiroma
Peu après la publication de ces résultats partiels, Issa Tchiroma a contesté la légitimité du décompte officiel, avançant ses propres compilations issues de « procès-verbaux authentifiés ». Selon son équipe, il aurait recueilli 54,8 % des voix, contre seulement 42 % pour Biya, un résultat qu’il présente comme « la vérité des urnes ».
Dans une déclaration publique, il affirme :
« Le peuple camerounais a parlé. Nous ne laisserons pas confisquer sa volonté. Je suis le président élu du Cameroun. »

3. Une autoproclamation qui embrase le pays
L’annonce de Tchiroma, diffusée sur les réseaux sociaux et plusieurs chaînes en ligne, a déclenché une vague de manifestations dans plusieurs grandes villes :
- Yaoundé : affrontements entre manifestants et forces de l’ordre devant le siège de la CNE.
- Douala : routes bloquées et interpellations massives.
- Garoua et Maroua : bastions du candidat, où des milliers de partisans sont descendus dans les rues pour « protéger la vérité des urnes ».
Selon The Guardian, au moins 2 morts et une quarantaine d’arrestations ont été recensés lors des premières manifestations.
Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a qualifié cette proclamation de « tentative de coup d’État civil » et promis des sanctions.
4. Le cadre institutionnel : entre légalité et légitimité
Au Cameroun, seul le Conseil constitutionnel est habilité à proclamer les résultats définitifs de l’élection présidentielle.
Toute revendication antérieure est donc considérée comme nulle et illégale.
Pourtant, selon plusieurs observateurs, la lenteur du processus et le manque de transparence de la CNE nourrissent la suspicion :
- Des irrégularités ont été signalées dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.
- Des urnes non scellées et des listes électorales incomplètes auraient été repérées par des ONG locales.
Les recours déposés par les partis de l’opposition devraient être examinés dans les jours à venir.
5. Réactions régionales et internationales
Les partenaires du Cameroun appellent au calme :
- L’Union africaine exhorte « toutes les parties à la retenue » et à « respecter les institutions légitimes ».
- La France et les États-Unis demandent « transparence et dialogue inclusif ».
- La CEEAC (Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale) propose une médiation « si la crise s’aggrave ».
Sur les réseaux sociaux, le hashtag #VeritéDesUrnes est devenu viral, soutenu par une partie de la jeunesse urbaine.
6. Les enjeux : stabilité et succession au cœur du débat
Cette crise met en lumière les fractures politiques profondes du Cameroun :
- L’usure du pouvoir après plus de 40 ans de présidence Biya.
- Le désir de renouvellement générationnel, notamment chez les jeunes et les cadres urbains.
- Le risque de violences post-électorales, déjà observé lors du scrutin de 2018.
Pour Issa Tchiroma, cette contestation est une bataille politique et symbolique. Pour le pouvoir, c’est une tentative de déstabilisation.
Le pays, lui, reste suspendu à la décision finale du Conseil constitutionnel, attendue d’ici fin octobre.
7. Perspectives : vers une recomposition politique ?
Quelle que soit l’issue judiciaire, le phénomène Tchiroma illustre une transformation du paysage politique camerounais.
Son discours de rupture séduit une partie des électeurs urbains et des jeunes cadres.
Le régime, de son côté, s’appuie sur un appareil d’État solide et un ancrage historique dans les zones rurales.
Le pays entre dans une phase charnière :
- Soit un apaisement institutionnel, avec reconnaissance des résultats et ouverture politique.
- Soit une radicalisation, si les accusations de fraude persistent.
L’autoproclamation de Issa Tchiroma Bakary comme président élu du Cameroun marque un tournant inédit dans la vie politique du pays.
Entre chiffres contestés, colère populaire et réponse ferme du pouvoir, le Cameroun est à la croisée des chemins.
L’enjeu dépasse les urnes : il touche à la légitimité du pouvoir, à la crédibilité des institutions et à l’avenir démocratique d’un pays-clé d’Afrique centrale.
































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