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Politique

Pénurie de Carburant, Quand le Mali se meurt aux yeux de tous

La pénurie aiguë de carburant qui frappe le Mali, notamment sa capitale Bamako, est devenue le symbole le plus visible de la crise sécuritaire et institutionnelle qui mine le pays depuis des années. Loin d’être un simple problème logistique, cette rupture d’approvisionnement agit comme un calque de la vulnérabilité de l’État et de la gravité de la crise multidimensionnelle.

La cause directe de la pénurie est la pression accrue exercée par les groupes armés, principalement le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Le JNIM a systématiquement ciblé les convois de camions-citernes circulant sur les axes routiers vitaux, notamment ceux en provenance des ports côtiers voisins (Côte d’Ivoire, Sénégal).

Cette tactique d’asphyxie vise à :

Mettre l’économie à l’arrêt : En s’attaquant au maillon faible de la chaîne d’approvisionnement, le JNIM paralyse l’ensemble des activités urbaines et rurales.
Affaiblir l’État : Le blocus teste la capacité des autorités de transition à assurer la sécurité des biens et des personnes, remettant en cause la narration officielle sur l’amélioration de la situation sécuritaire.

Les répercussions de cette pénurie dépassent largement le secteur des transports :

  • Social et Éducationnel : Le gouvernement a été contraint de décréter la fermeture temporaire des écoles et universités faute de carburant pour assurer le déplacement des élèves et des enseignants. Les familles sont contraintes à l’arrêt forcé.
  • Économique et Énergétique : Les coupures d’électricité se multiplient. Une grande partie de la production énergétique malienne repose sur des centrales thermiques fonctionnant au fioul. Les usines, les bureaux et les services essentiels fonctionnent au ralenti, alimentant l’inflation et la frustration. Le prix de l’essence au marché noir atteint des niveaux prohibitifs.
  • Humanitaire :’acheminement de l’aide humanitaire vers les régions isolées est rendu quasi impossible, fragilisant davantage les populations déjà déplacées ou sous pression.

Cette crise de l’essence expose une fois de plus la fragilité structurelle du Mali. Elle souligne que malgré le retrait de forces internationales et la diversification des partenariats militaires (notamment avec la Russie), la sécurisation des axes logistiques reste un défi majeur.

La pénurie de carburant est, en définitive, moins un accident qu’une conséquence directe et calculée de la décennie de crise sécuritaire. Elle rappelle que tant que l’État ne reprendra pas un contrôle effectif et durable de son territoire et de ses voies d’approvisionnement, l’économie et le quotidien des Maliens resteront à la merci des groupes armés.

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