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Abobo : 16 milliards pour un tribunal ? Le vrai procès, c’est celui du budget de la justice !

C’est dans une ambiance solennelle et presque triomphaliste que Robert Beugré Mambé, Premier Ministre de Côte d’Ivoire, a inauguré ce lundi le tout nouveau Tribunal de Première Instance d’Abobo, pour un montant faramineux de 16,63 milliards de francs CFA. Une somme astronomique, intégralement financée par le budget de l’État, dans un pays où de nombreuses écoles fonctionnent encore sans toilettes et où les hôpitaux publics crient pénurie.

Aux côtés de Sansan Kambilé, ministre de la Justice, et de Kandia Camara, maire d’Abobo et présidente du Sénat, le chef du gouvernement a présenté cette infrastructure comme un symbole du « progrès démocratique » sous l’ère Ouattara. Mais à quel prix ? Et pour qui ?

Un chantier relancé… à l’approche des élections

Le projet, lancé timidement en 2008 puis abandonné pendant plus d’une décennie faute de moyens, a soudainement été réactivé en 2022, coïncidence troublante avec le retour de l’agenda électoral national. Une relance qui interroge : la justice devient-elle une vitrine politique, instrumentalisée à quelques mois de l’échéance présidentielle de 2025 ?

Pendant qu’on coupe les rubans rouges à Abobo, des milliers de justiciables attendent des décisions depuis des années, à Man, à Bondoukou ou à Touba, où les tribunaux sont vétustes, sous-équipés et parfois inexistants. Mais voilà : Abobo est électoralement stratégique, fortement peuplée et politiquement sensible. Construire un palais de justice ici, ce n’est pas qu’un acte administratif, c’est un message politique fort et potentiellement clientéliste.

Une vitrine en béton, des questions en profondeur

Le nouveau bâtiment impressionne : 167 pièces, salles d’audience modernes, cellules de détention, greffe informatisé, infirmeries, bibliothèques, etc. Mais pendant ce temps, les tribunaux existants croulent sous les dossiers, les magistrats sont débordés, mal payés, et la corruption gangrène encore une bonne partie du système judiciaire.

À quoi bon bâtir des murs si l’appareil reste miné par des pratiques douteuses ? À quoi bon investir des milliards si les citoyens ne croient plus en l’impartialité de la justice ? Loin des discours convenus, la vraie justice ne se mesure pas à la taille des bâtiments, mais à la confiance qu’on lui accorde.

Abobo : une vitrine gouvernementale maquillée en exemple de développement ?

Très émue, Kandia Camara, maire de la commune, a salué cette réalisation comme « une preuve de transformation d’Abobo ». Pourtant, sur le terrain, les habitants continuent de se plaindre du chômage, de l’insécurité, du manque d’eau et de l’inefficacité des services sociaux.

Ponts, tunnels, métro, centre pour jeunes filles, et maintenant tribunal… Abobo serait-elle devenue la vitrine propagandiste du régime, là où l’on cumule les annonces spectaculaires pendant que d’autres localités sont laissées pour compte ?

Une démocratie en vitrine, une justice encore à genoux ?

Certes, il est crucial de rapprocher la justice des citoyens. Mais dans un pays où l’inégalité d’accès aux droits est flagrante, où les prisons sont surpeuplées, et où le simple citoyen a peur du gendarme et doute du juge, le vernis de modernité ne suffit plus.

Ce tribunal est peut-être « un joyau », comme l’a dit le Premier Ministre. Mais il est aussi le symbole d’une gouvernance qui priorise l’image plutôt que les fondements. Le peuple d’Abobo et d’ailleurs n’a pas besoin de discours grandiloquents. Il réclame une justice rapide, équitable, humaine… et crédible.

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