C’est un projet d’envergure qui ne laisse personne indifférent. Erez Rivkin, promoteur immobilier israélien, a lancé le développement d’un complexe de luxe s’étendant sur plus de 200 hectares au Kenya. Baptisé « The Great Rift Valley Retreat », ce complexe prévoit l’édification de logements, d’un centre commercial, d’une école, ainsi que d’infrastructures de santé et de loisirs.

Une communauté « exclusive » qui interroge
L’objectif affiché par le promoteur est de créer une communauté où Israéliens et Kényans pourraient cohabiter. Toutefois, les barrières financières semblent contredire cette volonté d’inclusion. Avec des prix de vente débutant à 1,9 million de shillings kényans (environ 14 775 dollars américains) pour les terrains nus, le projet s’adresse à une élite internationale et locale très restreinte, restant largement hors de portée pour la majorité de la population kényane.
Cette déconnexion économique alimente les craintes de voir émerger une enclave étrangère fermée, déconnectée des réalités sociales du pays.
Le poids de l’histoire : du « Plan Ouganda » à aujourd’hui
Pour de nombreux observateurs et militants panafricains, ce projet réveille des souvenirs historiques douloureux. Au début du XXe siècle, en 1903, le mouvement sioniste et les autorités coloniales britanniques avaient sérieusement envisagé le « Plan Ouganda » (qui concernait en réalité l’actuel Kenya). Ce projet prévoyait de céder 13 000 km² sur l’escarpement du Mau pour y établir un État juif.
Si le plan avait finalement été rejeté à l’époque, l’installation aujourd’hui d’une « colonie » privée sur ces mêmes terres est perçue par certains comme une résurgence de cette ambition sous une forme purement commerciale.
Une menace stratégique ?
Peut-on encore parler de souveraineté quand des pans entiers de territoire deviennent des zones privées régies par des intérêts étrangers ? Entre nettoyage ethnique en Palestine et expansionnisme décomplexé, le Kenya joue avec le feu. En acceptant ces « enclaves de luxe« , l’Afrique ne risque-t-elle pas de se réveiller un matin étrangère sur sa propre terre ?
Des inquiétudes géopolitiques
Au-delà de l’aspect foncier, la situation politique au Proche-Orient influence la réception du projet. Dans un contexte marqué par les tensions liées à l’expansion des colonies en Cisjordanie et l’occupation de territoires contestés, l’implantation d’une communauté israélienne organisée en ville privée au Kenya suscite des interrogations sur la souveraineté territoriale et l’influence étrangère.
Pour l’heure, le projet suit son cours, mais le débat sur la gestion des terres et l’accès au foncier pour les nationaux face aux investissements étrangers massifs reste plus que jamais ouvert.































