Les cancers de l’oropharynx connaissent une hausse notable, et bien que cette tendance soit plus marquée chez les hommes, les jeunes femmes ne sont pas épargnées. Cette augmentation est principalement attribuée à l’infection par le papillomavirus humain (HPV), un virus sexuellement transmissible courant.
Une réalité méconnue mise en lumière par la campagne Rouge-Gorge
La campagne de sensibilisation Rouge-Gorge met en avant une tendance alarmante : les cancers ORL (oto-rhino-laryngés) augmentent, notamment chez les femmes. Longtemps associés au tabac et à l’alcool, ces cancers touchent désormais des patientes plus jeunes et en bonne santé apparente. Selon le Dr Sylvain Morinière, chirurgien ORL au CHRU de Tours et coordinateur de cette campagne, l’infection chronique à l’HPV est aujourd’hui un facteur de risque majeur.
Contrairement aux idées reçues, ces cancers ne concernent plus uniquement les grands fumeurs et consommateurs d’alcool. Ils peuvent affecter des patients en pleine forme, non-fumeurs et non-buveurs, parfois avant 50 ou 60 ans, ce qui complique leur détection précoce.
Transmission de l’HPV et pratiques sexuelles
L’HPV se transmet par contact sexuel, y compris lors de rapports oraux. Les pratiques telles que le sexe oral exposent la muqueuse buccale au virus, augmentant ainsi le risque d’infection. Les changements dans les comportements sexuels ont entraîné une diffusion plus large du virus. Or, une infection contractée dès les premiers rapports peut provoquer des cancers 15 à 30 ans plus tard.
Des études ont révélé que la fréquence des rapports oraux et le nombre de partenaires sexuels sont des facteurs de risque significatifs. Par exemple, avoir plus de dix partenaires de sexe oral augmente le risque de développer un cancer oropharyngé lié à l’HPV par 4,3 fois.
Symptômes à surveiller
Les cancers ORL peuvent toucher différentes zones :
- La bouche (langue, palais, intérieur des joues)
- L’oropharynx (amygdales, base de la langue)
- Le larynx (cordes vocales)
- L’hypopharynx (derrière le larynx, proche de l’œsophage)
- Les cavités nasales
C’est cette diversité des zones affectées qui complique le diagnostic. Cependant, le Dr Morinière recommande de consulter rapidement en cas de symptômes
persistants pendant plus de trois semaines :
- Une plaie dans la bouche qui ne cicatrise pas
- Une amygdale rouge ou irrégulière
- Des difficultés à avaler
- Une voix enrouée ou une perte de voix prolongée
- Un bouton persistant sur la langue
- Une grosseur anormale dans le cou
Prévention : la vaccination, un enjeu crucial
La vaccination contre l’HPV est un levier essentiel pour limiter ces risques. Elle est recommandée aux jeunes filles et garçons, mais sa couverture reste insuffisante. Pour être efficace, un taux de vaccination de 80 % serait nécessaire, alors qu’il plafonne à environ 40 % chez les femmes et seulement 15 % chez les hommes.
En plus de la vaccination, la prévention passe par une meilleure information sur les risques de transmission et l’importance du dépistage. Les professionnels de santé doivent jouer un rôle actif dans cette sensibilisation, afin d’inciter à des pratiques sexuelles plus sûres et au recours à un suivi médical adapté.
L’augmentation des cancers de la gorge chez les jeunes femmes souligne l’urgence de renforcer la prévention et le dépistage. Alors que l’HPV s’impose comme un facteur de risque majeur, il est essentiel d’agir en amont par la vaccination et l’information. Loin d’être anodin, ce virus peut avoir des conséquences graves des années après l’infection. Mieux connaître ses risques, c’est déjà mieux s’en protéger.































