Parler avant de juger. Exposer avant de prouver. La pratique des « aveux » diffusés à la télévision par des individus non encore jugés ni condamnés refait surface dans le débat public ivoirien. Cette fois, c’est la voix du député et journaliste Assalé Tiémoko Antoine qui s’élève contre ce qu’il qualifie de dérive d’État policier.
Dans un message diffusé le 4 août 2025, l’élu de Tiassalé dénonce une atteinte grave à la présomption d’innocence, principe fondamental garanti par la Constitution ivoirienne. « Diffuser à la télévision les « aveux » d’une personne non encore jugée ni condamnée, est une pratique de parti unique et d’État policier », a-t-il écrit. Il appelle à en finir avec ce qu’il nomme la justice spectacle, soulignant l’urgence de bâtir une société basée sur la confiance et le respect de l’État de droit.
La présomption d’innocence, un droit fondamental
Inscrite à l’article 11 de la Constitution ivoirienne, la présomption d’innocence garantit à toute personne accusée le droit d’être traitée comme innocente tant qu’un jugement définitif ne l’a pas reconnue coupable. Or, la diffusion d’aveux filmés avant tout procès viole ce droit, en influençant potentiellement l’opinion publique voire même les magistrats appelés à juger.
Ce type de mise en scène est régulièrement dénoncé par les ONG de défense des droits humains, y compris dans d’autres pays d’Afrique où des aveux forcés ou instrumentalisés ont parfois mené à des erreurs judiciaires graves.
Une pratique héritée de régimes autoritaires ?
Les aveux télévisés, souvent encadrés par les forces de l’ordre et filmés dans un contexte d’enquête, rappellent les méthodes de régimes autoritaires ou de partis uniques. À travers ces diffusions, il ne s’agit pas seulement d’informer le public, mais de créer un récit politique, de montrer un coupable avant que la justice n’ait statué.
Selon Assalé Tiémoko, ces procédés jettent un doute sur l’impartialité des institutions et sapent la confiance citoyenne :
« Construisons un véritable État de droit dans une société de confiance, seul véritable rempart contre l’instabilité et le désordre intérieurs. »
Pourquoi cette pratique persiste-t-elle ?
Derrière la mise en scène des aveux se cache un besoin de contrôle narratif. Face à une population de plus en plus connectée, les autorités peuvent chercher à prendre de vitesse les rumeurs ou à désamorcer des tensions sociales. Mais au lieu d’apaiser, ces diffusions ont parfois l’effet inverse : elles radicalisent les opinions et brouillent les frontières entre justice et communication.
Vers une réforme indispensable ?
La sortie publique d’Assalé Tiémoko relance le débat sur la séparation des pouvoirs et la transparence des procédures judiciaires. Plusieurs acteurs de la société civile appellent à une interdiction claire et formelle de toute diffusion d’aveux avant jugement, sauf cas strictement encadrés (terrorisme, extrême dangerosité).































