Dans un entretien sans tabou accordé à Guillaume Pley pour l’émission Legend, Camille, une femme transgenre de 30 ans, a accepté de lever le voile sur son parcours. De ses premiers doutes d’enfant à sa vie de femme accomplie aujourd’hui, elle livre un témoignage rare sur la réalité de la transition en France.
Une conviction née dès l’enfance
Pour Camille, le sentiment d’être née dans le mauvais corps ne date pas d’hier. Dès l’âge de 6 ou 7 ans, elle ressent un décalage profond. Élevée dans une famille exclusivement féminine et de confession musulmane, elle décrit une enfance heureuse mais marquée par le poids du silence. « Tout le monde voyait ma féminité, mais personne n’en parlait, c’était tabou », confie-t-elle.
Le traumatisme survient au collège, lors d’un cours de sport, quand il faut séparer les garçons des filles. En se dirigeant naturellement vers le groupe des filles, elle fait face aux moqueries et à l’incompréhension totale de ses camarades et de ses professeurs. Ce jour-là, elle s’enfuit de l’établissement, s’enferme dans sa salle de bain et se maquille : un acte de survie pour retrouver son identité.
Le parcours du combattant : chirurgie et hormones
La transition de Camille a été un processus long et coûteux. Elle commence ses opérations à 17 ans par une rhinoplastie, financée par ses économies de coiffeuse et avec l’aide d’un mentor professionnel qui signera l’autorisation à la place de ses parents. Ce n’est qu’en sortant du bloc qu’elle prévient sa mère, laquelle finira par la soutenir avec une phrase déterminante : « On y va, mais on va jusqu’au bout. »
Camille détaille avec précision les étapes de sa transformation : la prise d’hormones, l’épilation définitive au laser, l’augmentation mammaire et, enfin, l’aboutissement ultime : la vaginoplastie. Cette opération de 7 heures, prise en charge par l’État français après un suivi psychiatrique de plusieurs années, a été pour elle le plus beau jour de sa vie. « Au réveil, j’ai pleuré de joie. Enfin, c’était fini, j’étais moi. »
Faire face à la violence et aux préjugés
Le parcours n’a pas été sans embûches. Camille raconte notamment une agression traumatisante lors de vacances avant son opération finale. Un jeune homme, rencontrant Camille et découvrant par la suite qu’elle n’avait pas encore subi de changement de sexe chirurgical, a réagi avec une violence extrême, allant jusqu’à la menacer de mort et lui arracher ses extensions capillaires. Cet événement l’a tenue éloignée de toute vie sentimentale jusqu’à la fin complète de sa transition.
Elle dénonce également l’hyper-sexualisation dont font l’objet les femmes transgenres sur les réseaux sociaux, souvent perçues comme des « fantasmes » par des hommes qui, parfois, ne tolèrent pas leur existence dans l’espace public.
Une nouvelle vie et des projets d’avenir
Aujourd’hui, Camille est une femme épanouie. Professionnellement, elle travaille comme coloriste et partage son quotidien sur TikTok, où elle répond avec pédagogie aux questions de sa communauté et aide les parents d’enfants transgenres à mieux comprendre la situation.
Sur le plateau de Legend, elle a été rejointe par son compagnon, Dawson, un militaire de 24 ans et père de deux enfants. Leur couple, d’une grande simplicité, témoigne d’une normalité retrouvée. Ensemble, ils envisagent l’avenir sereinement et évoquent même le projet d’avoir un enfant via une GPA à l’étranger.
Pour Camille, le terme « transgenre » appartient désormais à son passé médical plus qu’à son identité quotidienne. « Je me sens plus femme que femme transgenre », conclut-elle. Un message d’espoir pour ceux qui cherchent encore leur place.































