Dans cet État du centre de l’Inde gouverné par le BJP, les communautés chrétiennes font face à une pression croissante : loi anticonversion durcies, ultimatums à la reconversion, et un silence d’État qui encourage les violences.
Des chrétiens de l’État du Chhattisgarh, en Inde centrale, sont confrontés à des pressions pour renoncer à leur foi sous peine de représailles de la part de groupes nationalistes hindous. L’ONG Portes Ouvertes, qui documente la persécution des chrétiens dans plus de 70 pays, a lancé l’alerte cette semaine, évoquant un ultimatum fixé au 30 avril 2026.

Une loi qui protège la reconversion, pas les croyants
En mars 2026, l’Assemblée législative du Chhattisgarh a adopté le Chhattisgarh Freedom of Religion Bill 2026, remplaçant la loi de 1968. Ce texte durcit considérablement les sanctions contre les conversions, prévoyant jusqu’à la réclusion à perpétuité pour les conversions de masse. Mais une disposition retient particulièrement l’attention des observateurs : la reconversion à l’hindouisme en est explicitement exemptée. Elle n’est ni déclarée, ni contrôlée, ni punie.
« Elle entraînera certainement une augmentation des attaques contre les chrétiens et les églises. Les pasteurs risquent d’être emprisonnés sur la base de fausses accusations. »
Un partenaire local de Portes Ouvertes, sous couvert d’anonymat, résume ainsi les craintes de la communauté. Des milliers de chrétiens ont manifesté le 22 mars à Raipur, la capitale de l’État, brandissant des pancartes : « L’allégation de conversions forcées, c’est de la propagande. »
Les milices à l’œuvre : le Bajrang Dal
Sur le terrain, c’est souvent le Bajrang Dal, organisation de jeunesse hindouiste affiliée au RSS, qui traduit cette idéologie en violence. En juin 2024, une foule issue de cette organisation avait attaqué des familles chrétiennes à Jagdalpur, les forçant à signer un pacte de reconversion à l’hindouisme avant de les expulser de leurs villages. En mai 2023, une centaine de ses membres avaient fait irruption dans un rassemblement de prière dominicale, encerclant les fidèles. Ces groupes bénéficient, selon les observateurs, d’une quasi-immunité de fait.
Chronologie des faits documentés au Chhattisgarh
Fin 2022 : plus de 500 chrétiens attaqués, maisons détruites
Mai 2023 : irruption armée lors d’un culte dominicale à Raipur
Juin 2024 : familles chrétiennes forcées à signer un pacte de reconversion à Jagdalpur
Février 2026 : la Cour suprême indienne garantit l’accès aux cimetières publics après des exhumations de corps chrétiens
Mars 2026 : adoption du Freedom of Religion Bill 2026, exemptant la reconversion à l’hindouisme
Avril 2026 : alerte de Portes Ouvertes sur un ultimatum local à la reconversion
Le silence d’État comme complicité passive
Le ministre en chef du Chhattisgarh, Vishnu Deo Sai, avait déclaré en janvier 2026 que les missionnaires chrétiens étaient « très actifs » et que « tout cela cesserait bientôt. » Une déclaration qui, selon les ONG présentes sur le terrain, a été perçue comme un signal par les groupes extrémistes. L’Inde est classée 12e sur l’Index Mondial de Persécution des Chrétiens 2026 établi par Portes Ouvertes son rang le plus défavorable depuis des années.
La Constitution indienne garantit pourtant la liberté religieuse. Mais avec des lois anticonversion désormais en vigueur dans onze États fédérés, et un gouvernement central contrôlé par le BJP depuis 2014 et réélu en 2024, les chrétiens qui représentent environ 5 % des 1,4 milliard d’habitants se retrouvent dans une situation de vulnérabilité croissante, en particulier les convertis d’origine hindoue.
« Pour un pays qui se décrit comme la plus grande démocratie au monde, le niveau de violence contre les chrétiens depuis cinq ans est extrêmement élevé.«
En savoir plus : https://www.portesouvertes.fr/edifier/priere/les-chretiens-en-inde-ont-besoin-urgemment-de-vos-prieres































