Coup de tonnerre au sommet de l’État congolais. Le 18 juin 2025, Constant Mutamba, ministre de la Justice de la République Démocratique du Congo, a annoncé sa démission officielle, quelques jours après l’ouverture d’une information judiciaire à son encontre pour détournement de fonds publics.
Selon les premières révélations, il est accusé d’avoir détourné près de 19 millions de dollars destinés à la construction d’une prison moderne à Kisangani. Ce dossier, porté devant l’Assemblée nationale par le procureur général, a conduit à la levée de son immunité et à une autorisation de poursuite judiciaire.
Mais au-delà des faits juridiques, l’affaire Mutamba prend des allures de feuilleton politique, et certains y voient une mascarade bien orchestrée pour le neutraliser politiquement .

Les accusations officielles : un détournement massif dans le secteur pénitentiaire
Dès le mois de mai 2025, une enquête est ouverte sur les anomalies financières entourant le chantier de la prison de Kisangani, évaluée à 39 millions de dollars. Les enquêteurs soupçonnent que la moitié du budget a été détournée, et tous les regards se tournent alors vers le ministre Mutamba, chargé de superviser le projet.
L’Assemblée nationale, saisie par le procureur général près la Cour de cassation, a voté en faveur de la levée de son immunité parlementaire. Sous la pression politique et institutionnelle, Mutamba dépose sa démission 48 heures plus tard, conformément à la procédure.
Mais à qui profite le scandale ? Le parfum du complot politique
Rapidement, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer une opération politique camouflée sous un vernis judiciaire. Mutamba lui-même parle de « règlement de comptes » orchestré par des réseaux mafieux infiltrés dans les institutions.
« Je dérange. J’ai mis à nu des circuits de corruption haut placés. Aujourd’hui, on tente de m’abattre en utilisant la justice comme outil de vengeance politique. », a-t-il déclaré dans un message publié sur ses réseaux sociaux.
Selon ses proches, son zèle dans la traque de certains dossiers sensibles, notamment autour des finances publiques, aurait attiré sur lui l’hostilité de plusieurs hauts responsables. Il aurait aussi manifesté un désaccord croissant avec certaines pratiques au sein du gouvernement, ce qui l’aurait rendu « gênant » pour le système.
Mascarade ou justice ? Une opinion publique divisée
Dans la société civile, les réactions sont contrastées. Si certains saluent une volonté d’assainir la gouvernance, d’autres dénoncent un lynchage politique maquillé en procédure légale.
Plusieurs analystes estiment que cette affaire illustre une crise plus profonde de l’État de droit en RDC, où les institutions peuvent être instrumentalisées à des fins politiques.
« Quand un ministre devient trop curieux, il est vite sacrifié. Cela devient un schéma classique dans notre pays. », résume un journaliste congolais basé à Kinshasa.
L’affaire Mutamba révèle-t-elle un tournant ?
Ce dossier sera un test majeur pour l’indépendance de la justice congolaise, mais aussi pour la transparence du pouvoir. En RDC, où les rapports entre pouvoir, argent et justice sont historiquement tendus, la ligne est souvent mince entre poursuite légitime et élimination stratégique.
Qu’il soit coupable ou non, Constant Mutamba pose malgré lui une question essentielle : peut-on encore dénoncer les dérives du système sans en payer le prix fort ?































