On oppose souvent une Afrique « instable » à un Occident « modèle de démocratie ». Pourtant, derrière la façade des institutions solides, l’Europe et les États-Unis cachent un passé (et un présent) où le fusil et l’insurrection ont souvent dicté la loi. Focus sur l’envers du décor.
L’Europe : Une démocratie bâtie sur les cendres des putschs
Si l’Europe se présente aujourd’hui comme le juge des libertés, elle a longtemps été le terrain de jeu favori des militaires. Jusque dans les années 1970 et 1980, plusieurs pays européens vivaient sous le joug de dictatures issues de coups de force.
Le traumatisme espagnol et portugais :
- L’Espagne de Franco et le Portugal de Salazar n’étaient pas des exceptions, mais des régimes qui ont duré des décennies. En 1981, alors que la démocratie espagnole était censée être établie, le lieutenant-colonel Tejero envahissait le Congrès des députés, pistolet au poing, pour tenter de renverser le gouvernement.
- La France et le « chantage » militaire :
- En 1958, la naissance même de l’actuelle Ve République s’est faite sous la pression de l’armée. Le retour du Général de Gaulle a été précipité par la menace d’une invasion parachutée sur Paris (l’Opération Résurrection). Trois ans plus tard, en 1961, c’est le « Putsch des Généraux » qui a failli faire basculer le pays dans la guerre civile.
La Grèce des Colonels :
En 1967, c’est en plein cœur de l’Europe qu’un coup d’État militaire a instauré une dictature brutale, rappelant que nul n’est à l’abri lorsque les institutions vacillent.
[Image de la chronologie des coups d’État en Europe au XXe siècle]
États-Unis : La fin du mythe de l’invulnérabilité
Le 6 janvier 2021 a marqué un tournant historique. L’assaut du Capitole à Washington a brisé l’image d’une Amérique immunisée contre les insurrections politiques. Ce que beaucoup de politologues qualifient de « tentative de coup d’État » a montré que même la première puissance mondiale peut voir ses fondations trembler lorsque les résultats des urnes sont contestés par la force ou la rue.
Au-delà de leurs frontières, les États-Unis ont également été les architectes de l’instabilité mondiale. De l’Iran (1953) au Chili (1973), Washington a orchestré des dizaines de coups d’État pour renverser des dirigeants démocratiquement élus qui ne servaient pas leurs intérêts économiques ou géopolitiques.
Afrique vs Occident : Une question de temps et de moyens
Le « record » de coups d’État en Afrique n’est pas une fatalité culturelle, mais le reflet d’une phase de construction institutionnelle que l’Europe a elle-même traversée pendant des siècles.
La France a mis près de 80 ans et plusieurs révolutions après 1789 pour trouver une stabilité républicaine. L’Afrique, avec 60 ans d’indépendance, est encore dans ce laboratoire politique.
Là où l’Occident utilise des mécanismes financiers et judiciaires pour régler ses crises, l’instabilité économique en Afrique pousse souvent les armées à sortir des casernes, parfois avec le soutien (ou la manipulation) de puissances étrangères.
En se « tapant la poitrine« , l’Occident oublie que sa stabilité actuelle repose sur une richesse accumulée et des institutions qui ont été, elles aussi, forgées dans le sang des coups d’État passés.
Vers une démocratie authentique
Plutôt que d’opposer les continents, ce dossier montre que la démocratie est un équilibre fragile partout dans le monde. La vraie différence réside dans la capacité d’un pays à construire des institutions capables de résister aux hommes providentiels et aux bruits de bottes. Pour l’Afrique, le défi est de stabiliser ses propres modèles sans subir les injonctions d’un Occident à la mémoire parfois très sélective.































