À l’occasion de la Journée de la Liberté, célébrée ce 27 avril à Bloemfontein, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a vigoureusement dénoncé les violences visant les ressortissants africains. Un rappel historique nécessaire au moment où le pays lutte contre ses vieux démons.

Le stade Dr Rantlai Molemela de Bloemfontein a résonné d’un plaidoyer solennel. Alors que l’Afrique du Sud commémorait les 32 ans de sa première élection démocratique, le président Cyril Ramaphosa a choisi de placer la question de la solidarité continentale au cœur de son allocution. Face à la recrudescence des tensions xénophobes, le chef de l’État a convoqué la mémoire collective pour apaiser les esprits.
Une liberté héritée d’un effort collectif
Le message était clair : la fin de l’Apartheid n’est pas le fruit d’une lutte isolée. « Nous n’avons pas conquis notre liberté seuls », a martelé le président. En rappelant que les nations voisines ont ouvert leurs foyers, partagé leur pain et servi de base arrière aux combattants de l’ANC (Congrès National Africain), Ramaphosa souligne la dette morale de l’Afrique du Sud envers ses voisins.
Pour le président, s’en prendre aux étrangers aujourd’hui revient à trahir ceux qui ont soutenu le pays durant ses heures les plus sombres. « Nous ne pouvons pas et nous ne devrons jamais piétiner dans la poussière la fraternité africaine », a-t-il insisté, utilisant une image forte pour marquer le contraste entre le sacrifice des anciens et la violence des actes actuels.
Le paradoxe de l’Ubuntu
Cette prise de parole intervient dans un contexte socio-économique tendu. Si le discours se veut un rappel aux valeurs de l’Ubuntu (l’humanité par les autres), il se heurte à une réalité de terrain marquée par la précarité. Les frustrations liées au chômage et au manque d’infrastructures servent souvent de catalyseur aux mouvements xénophobes, qui font des migrants les boucs émissaires des maux de la société.
Un enjeu diplomatique majeur
Au-delà de la morale, ce discours est aussi une nécessité diplomatique. En tant que puissance économique régionale, l’Afrique du Sud ne peut se permettre d’être perçue comme un pays hostile aux Africains. Les violences passées ont déjà provoqué des crises diplomatiques avec des nations comme le Nigeria ou le Zimbabwe, menaçant les échanges commerciaux et l’influence de Pretoria sur le continent.
En réaffirmant que les dirigeants et les peuples d’Afrique ont « maintenu la lutte en vie », Cyril Ramaphosa tente de restaurer l’image d’une Afrique du Sud hospitalière et consciente de ses racines continentales. Reste désormais à savoir si cette leçon d’histoire saura calmer les tensions sociales sur le long terme.































