Dans de nombreux discours, il est courant d’entendre que l’Africain “n’aime pas lire”. Cette affirmation, souvent répétée dans les médias, les campagnes éducatives ou les conversations populaires, soulève plusieurs questions : est-ce un mythe, une généralisation, ou le reflet de réalités socio-culturelles et économiques ? Ce dossier explore les causes historiques et sociales derrière cette perception et analyse comment le contexte influence les pratiques de lecture sur le continent.
Un trait particulièrement observé par les journalistes et éditeurs est que les internautes africains ont tendance à se limiter aux titres, jugeant ou partageant un article sans en lire le contenu intégral. Dans un flux d’informations saturé, beaucoup se contentent d’un résumé ou d’une accroche, et les commentaires ou débats en ligne naissent souvent sur la base d’un titre seul, parfois sensationnaliste ou déformé. Bien que ce phénomène ne soit pas exclusif à l’Afrique, il se renforce dans un contexte où l’accès aux contenus complets reste limité ou jugé trop chronophage. Cette habitude renforce l’idée selon laquelle l’intérêt pour la lecture serait faible, même si la curiosité et la soif de savoir sont bien présentes.
L’histoire et l’éducation ont également façonné cette perception. Les systèmes scolaires introduits par les colonisateurs ont souvent réservé l’accès au savoir écrit à une élite, tandis que l’enseignement dans des langues étrangères créait une barrière supplémentaire pour ceux dont la langue maternelle était différente. Jusqu’à récemment, les bibliothèques, librairies et ouvrages accessibles restaient rares, surtout en zones rurales, ce qui limitait l’exposition à la lecture.
La culture joue également un rôle. L’Afrique possède une tradition orale riche, où contes, proverbes et récits familiaux transmettent connaissances et valeurs. Dans ce contexte, la lecture n’a pas toujours été valorisée comme une activité quotidienne ou récréative. À cela s’ajoutent des contraintes économiques : pour de nombreuses familles, lire est souvent perçu comme un luxe, secondaire face aux nécessités de la vie quotidienne.
Il est toutefois important de rappeler que l’idée selon laquelle “l’Africain n’aime pas lire” reste une généralisation excessive. De nombreux Africains lisent régulièrement, surtout dans des formats numériques ou des contenus ciblés, mais le réflexe de juger sur la base d’un titre plutôt que du développement complet persiste, particulièrement sur les réseaux sociaux.
Pour inverser cette tendance, il devient nécessaire de valoriser la lecture complète et critique, de développer les bibliothèques et les espaces de lecture accessibles à tous, et de proposer des contenus adaptés aux langues locales et aux supports numériques modernes. Associer lecture et plaisir, par l’usage de récits oraux, d’illustrations ou de vidéos, permet également de stimuler la curiosité et l’envie d’approfondir le sujet.
Dire que l’Africain n’aime pas lire simplifie donc une réalité complexe. Le cliché résulte autant de facteurs historiques, culturels et économiques que des habitudes numériques superficielles, où le titre prime sur le contenu. Le véritable défi aujourd’hui est de réconcilier le public africain avec la lecture profonde, non seulement comme outil de savoir, mais aussi comme moyen de réflexion critique et de discernement face à l’information.































