« Vous n’êtes pas nombreux », « C’est une petite ethnie ». Ces phrases, les Gban les entendent depuis toujours. Mais la vérité est ailleurs. Ce que l’on prenait pour une minorité est en réalité le peuple fondateur de plusieurs cités emblématiques du pays. De la fondation d’Oumé à l’étymologie de Divo, en passant par le nom du fleuve Agnéby, le peuple Gban est le propriétaire terrien qui a dessiné la carte de la Côte d’Ivoire forestière.
32 Villages et 4 Cantons : Une Armature de Propriétaires
Aujourd’hui, le peuple Gban est structuré autour d’une capitale, Oumé, et de deux poumons administratifs : les Cantons Gban-Nord et les Cantons Gban-Sud (Diégonefla). Si les villages Gban se situent aujourd’hui à plus de 15 km du centre-ville d’Oumé, c’est par pure générosité : propriétaires terriens, ils ont logé leurs hôtes dans leurs anciennes habitations pour aller fonder de nouveaux villages plus loin, là où ils maîtrisaient déjà la forêt.

Pourquoi cette fausse image de « minorité » ?
Le peuple Gban n’est pas « petit », il est essaimé. Au fil des siècles et des migrations, des noyaux Gban sont restés à Tabou, Man, ou encore Daoukro. Ce dépeuplement volontaire, lié à leur mode de vie ancien, a réduit leur poids numérique concentré, mais a étendu leur influence spirituelle sur tout le territoire. Ils partagent d’ailleurs des liens sacrés avec le peuple Dan (Yacouba). Cette alliance inter-ethnique, scellée dans le sang et l’histoire, fait des Dan leurs « alliés-esclaves » traditionnels, un traité de paix éternel qui unit le Grand Ouest au Centre-Ouest.

Oumé (Oubêh) : La Cité du Retour
Contrairement aux idées reçues, la paternité d’Oumé ne fait l’objet d’aucun débat historique. Oumé a été fondée par les Gban. À l’origine, ce peuple nomade, expert en chasse et en cueillette, occupait déjà le site. Après de longues migrations à travers le pays (du Sud-Ouest au Iffou), leurs ancêtres sont revenus sur leurs pas.
En retrouvant leurs anciennes bâtisses abandonnées des siècles plus tôt, ils se sont exclamés : « Wi de n’déé tétéé, lê oubêh dê » (Nous étions ici avant). C’est de ce cri de retrouvailles qu’est né le nom Oubêh, devenu Oumé par déformation.
Divo et l’Agnéby : Quand le Gban baptise la Côte d’Ivoire
L’influence des Gban dépasse les frontières de leur département actuel.
Leurs traces sont partout :
Saviez-vous que le nom de ce fleuve L’Agnéby vient du Gban ? Lors de leur séjour dans la région d’Agboville, un jeu consistait à plonger la tête d’un parent dans l’eau en lui criant « Agninbi ! » (Boire et vider le contenu). Les Européens, entendant ces cris, ont baptisé le fleuve ainsi. Divo , C’est encore les Gban, dans leur hospitalité légendaire, qui ont guidé le peuple Gouro fuyant les guerres. Arrivés sous un grand arbre pour se reposer, les Gban ont déclaré : « Ou so de n’, Diivo » (Nous sommes arrivés, le bruit est fini). C’est la naissance de la ville de Divo.































