L’afflux soudain de familles d’éleveurs burkinabè dans le département de Doropo, au nord-est de la Côte d’Ivoire, fait déjà grincer des dents. Fuyant l’insécurité à Vinadouo, localité burkinabè de la sous-préfecture de Boussoukoula, ces déplacés sont arrivés en nombre à Kalamon, poussant les autorités ivoiriennes à convoquer une réunion d’urgence, ce mardi 20 mai 2025, à Bouna.
Sous l’impulsion du préfet de région, Yacouba Doumbia, une session extraordinaire du comité de gestion partagée du Fonds d’intervention localisé (FIL) a été organisée pour évaluer une situation jugée critique. En plus de la vulnérabilité extrême des déplacés, les communautés hôtes, elles-mêmes en difficulté, peinent à absorber cet afflux inattendu. Une aide d’urgence a été décidée : denrées alimentaires, biens de première nécessité, et appui vétérinaire pour préserver le cheptel, vital dans cette zone agro-pastorale.

Mais cette solidarité ne fait pas l’unanimité.
Dans certains milieux locaux, des voix s’élèvent contre ce qu’ils considèrent comme une pression supplémentaire sur des ressources déjà limitées. Derrière les portes closes, certains responsables communautaires craignent une instabilité sociale à moyen terme, dénonçant un risque de conflits entre éleveurs locaux et déplacés burkinabè.
Pour éviter une détérioration de la situation, le sous-préfet de Kalamon a été chargé d’ouvrir une concertation transfrontalière avec son homologue burkinabè, afin d’envisager un possible retour des réfugiés dans leur pays. De son côté, l’Association des éleveurs de bovins de la région du Bounkani (AEBRB), partenaire clé du dispositif, est mobilisée pour produire un budget d’intervention et lancer les opérations de terrain dans l’urgence.
Créé dans le cadre du projet d’appui aux populations affectées par la crise sahélienne (APAC), le comité de gestion du FIL est censé garantir une réponse rapide en cas de crise. Mais pour nombre d’observateurs, cette arrivée massive remet sur la table la question du contrôle des frontières, de la gestion des flux migratoires, et surtout de la capacité de l’État ivoirien à faire face à des crises transfrontalières à répétition.
Le Bounkani sera-t-il le prochain épicentre d’un malaise régional sous-estimé ?































