Le retour au pays d’Alino Faso, de son vrai nom Alain Christophe Traoré, a donné lieu à une scène d’une rare intensité. Mort en détention à Abidjan le 24 juillet dernier dans des circonstances encore troubles, l’influenceur burkinabè a été rapatrié à Ouagadougou ce dimanche 18 août.
Une foule immense pour l’accueillir
Recouvert du drapeau national, le cercueil de l’influenceur a été accueilli à l’aéroport international de Ouagadougou par des milliers de personnes vêtues de blanc, venues rendre hommage à celui que beaucoup considèrent comme une voix engagée pour la justice et la souveraineté.
Étaient présents plusieurs membres du gouvernement burkinabè, dont les ministres des Affaires étrangères, de la Sécurité et de la Communication.

« C’est la dépouille d’un patriote et d’un humaniste que nous accueillons aujourd’hui », a déclaré Bien Bakyono, figure de la société civile.
La procession funèbre a ensuite accompagné le cercueil jusqu’à la morgue de l’hôpital de Bogodogo, sous les chants de « Justice pour Alino ».
La famille réclame justice
La famille de l’influenceur, visiblement émue par cette mobilisation, a tenu à remercier le peuple burkinabè.
« Merci à ce grand monde qui nous a accompagnés dans notre douleur », a déclaré Joseph Traoré, représentant de la famille.
Mais au-delà de l’émotion, les proches et la société civile réclament la vérité. « Nous voulons une autopsie indépendante et des explications claires. S’il a été assassiné, que l’État burkinabè poursuive l’État ivoirien devant les juridictions compétentes », a exigé Harouna Lompo, autre acteur engagé.
Les circonstances de la mort contestées
Selon le procureur de la République de Côte d’Ivoire, Oumar Braman Koné, Alino Faso aurait mis fin à ses jours en se pendant avec un drap après avoir tenté de s’ouvrir les veines.
Une version rejetée par de nombreux Burkinabè, qui pointent des conditions de détention opaques et soupçonnent des actes de torture.
Les autorités ivoiriennes affirment que l’influenceur bénéficiait de conditions respectueuses : « Il avait droit à trois repas par jour et pouvait même choisir son menu », avait déclaré le procureur.
Un dossier hautement diplomatique
Arrêté à Abidjan en janvier 2024 pour « intelligence avec un État étranger », Alino Faso était incarcéré à l’École de Gendarmerie plutôt qu’à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, officiellement « pour sa propre sécurité ».
Sa mort intervient dans un contexte de relations déjà tendues entre Abidjan et Ouagadougou, depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en septembre 2022.
Le gouvernement burkinabè a averti que ce décès « ne restera pas impuni ». Une déclaration qui laisse présager de fortes tensions diplomatiques si la lumière n’est pas faite rapidement sur cette affaire.
Le symbole d’un combat inachevé
Pour beaucoup de jeunes Burkinabè, Alino Faso restera une figure d’expression libre et de patriotisme. Sa mort soulève aujourd’hui des questions non seulement sur ses conditions de détention, mais aussi sur les droits des ressortissants burkinabè à l’étranger.
Le rapatriement de sa dépouille marque une étape, mais la bataille pour la vérité ne fait que commencer.































