La situation environnementale autour de la lagune Aby, dans le sud-est ivoirien, est en train d’atteindre un point de rupture. Ce qui était déjà une inquiétude écologique est devenu une crise tangible : la pollution liée à l’orpaillage détruit les écosystèmes aquatiques, met en péril des moyens de subsistance entiers, et pourrait avoir des effets domino sur l’économie régionale.
Un écosystème en crise, des conséquences visibles
Par Jean Christian Konan / Analysis Blog
Depuis plusieurs semaines, des habitants d’Assinie, d’Adiaké et des zones riveraines observent une transformation alarmante de l’eau de la lagune : elle est devenue trouble, boueuse, et la vie aquatique s’effondre. Poissons, crevettes et autres ressources halieutiques disparaissent progressivement, plongeant les pêcheurs dans une crise économique sans précédent.
Cette pollution n’est pas un phénomène isolé. Elle résulte principalement de l’orpaillage clandestin, une pratique qui se déroule en amont, souvent entre Aboisso et la frontière ghanéenne, et qui voit des métaux lourds, des sédiments et des produits chimiques se déverser dans les affluents avant d’atteindre la lagune.
Des populations et des économies locales sous pression
La lagune Aby n’est pas simplement un plan d’eau ; c’est un pilier central de l’économie locale. Jadis très poissonneuse, elle nourrissait des familles et alimentait les marchés. Aujourd’hui, selon des commerçantes et des coopératives de pêcheurs, la rareté du poisson a transformé ce qui était un aliment de base en un produit de luxe inaccessible pour beaucoup.
Cette crise n’affecte pas que les pêcheurs : le tourisme à Assinie, l’un des pôles touristiques majeurs de la Côte d’Ivoire, est également menacé. Les zones balnéaires voient leur attractivité diminuer face à des eaux troubles et des écosystèmes dégradés, ce qui touche indirectement hôteliers, commerçants et artisans locaux.
Des autorités en première ligne mais des actions encore timides
Face à l’ampleur du phénomène, le ministre de l’Environnement, Jacques Assahoré Konan, s’est rendu sur place pour constater la dégradation et a lancé un appel à une action collective contre l’orpaillage clandestin. Il a souligné que ce n’est pas seulement un enjeu écologique, mais aussi un danger pour la santé, l’économie et l’avenir des communautés.
Le ministre a rappelé le mémorandum signé en 2017 entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, visant à encadrer l’orpaillage et protéger les affluents, un accord resté largement lettre morte jusqu’ici. Il a annoncé son intention de réexaminer et réactiver cette coopération.
Un fléau qui déborde les secteurs
La pollution de la lagune Aby s’inscrit dans un contexte plus large. Elle coexiste avec d’autres défis environnementaux, comme la pollution plastique de la lagune Ebrié autour d’Abidjan, qui affecte déjà la navigation et la comestibilité des poissons dans la capitale économique.
Au-delà, la dynamique du secteur minier ivoirien montre une croissance soutenue des activités liées à l’or, avec des permis d’exploration et des extensions de mines industrielles, ce qui peut indirectement accroître la pression sur les systèmes aquatiques si des mesures environnementales strictes ne sont pas appliquées.
Un appel à intensifier la lutte
Alors que certains efforts de sensibilisation ont été observés dans d’autres régions pour réduire l’orpaillage illégal et protéger les communautés locales, ces initiatives restent insuffisantes face à l’ampleur du problème.
La pollution alarmante de la lagune Aby n’est plus une menace isolée : elle est un signal d’alarme national. Si rien n’est fait de manière coordonnée et énergique, les conséquences pourraient s’étendre bien au-delà des rives de la lagune, touchant l’environnement, les économies locales, la santé publique et la sécurité alimentaire.































