La déclaration a fait l’effet d’une bombe dans la diaspora gabonaise. En marge du mini-sommet USA-Afrique à Washington début juillet, le président de la transition, Brice Oligui Nguema, a annoncé la fin des bourses pour les étudiants gabonais souhaitant poursuivre leurs études aux États-Unis et au Canada à partir de 2026. Motif invoqué : le coût exorbitant de ces formations et la tendance des diplômés à ne jamais revenir au pays.
« Cette année , il n’y aura pas de bourse pour les États-Unis, il n’y aura pas de bourse pour le Canada, parce que les études coûtent cher […] Et ceux qui viennent ici ne reviennent jamais », a-t-il affirmé devant ses compatriotes vivant à l’étranger.
Si la sortie du chef de l’État semble dictée par des considérations budgétaires, elle pose surtout la question de l’avenir de la jeunesse gabonaise et des ambitions du pays en matière d’excellence académique. En choisissant de recentrer les bourses vers des destinations comme le Sénégal, le Ghana ou le Maroc, des pays certes reconnus pour leurs systèmes éducatifs, mais aux standards souvent éloignés des grandes universités nord-américaines le Gabon fait un pari audacieux : former localement pour mieux garder ses élites.
Le président justifie cette décision en invoquant un réflexe naturel :
« Il préfère rester ici parce que ça paye mieux, c’est l’instinct de l’homme, il veut vivre là où on le paie mieux. »
Mais ce constat ne suffit pas à calmer les critiques. Certains y voient une fermeture des perspectives pour une jeunesse déjà désillusionnée, d’autres dénoncent une gestion à courte vue d’une politique éducative qui devrait, au contraire, s’ouvrir au monde et miser sur la diaspora comme levier de développement.
À l’heure où de nombreux pays africains investissent massivement dans la formation à l’étranger pour espérer rivaliser sur la scène internationale, le Gabon semble faire le choix inverse : protéger ses cadres… en limitant leur exposition. Une stratégie qui pourrait éviter la fuite des cerveaux, certes, mais au risque d’un repli académique inquiétant.
Reste à savoir si ce recentrage éducatif régional renforcera les capacités nationales ou s’il accentuera la frustration d’une jeunesse de plus en plus connectée, exigeante, et consciente des écarts de compétitivité.































