À la veille de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le couperet est tombé : la Côte d’Ivoire recule de 11 places et chute à la 64e position sur 180 pays dans le classement mondial 2025 de Reporters sans frontières (RSF). Une claque pour un pays qui se voulait modèle régional en matière de pluralisme médiatique.
Derrière cette dégringolade, un mal profond : la fragilité économique des médias, qui les expose à toutes sortes de pressions et de compromissions. RSF dresse un tableau préoccupant : concentration des groupes de presse entre les mains de quelques puissants, dépendance croissante vis-à-vis des annonceurs, répartition opaque des aides de l’État, et un marché publicitaire qui s’effondre. Résultat : des rédactions exsangues, des journalistes précaires et un pluralisme en berne.
Le paysage médiatique, bien que dense avec ses 190 radios et plus d’une centaine de journaux et sites d’information, reste profondément marqué par une ligne éditoriale inféodée au politique. L’arrivée des chaînes de télé privées en 2019, censée briser le monopole de la RTI, n’a rien changé à la donne : elles sont, elles aussi, aux mains de proches du pouvoir.
Dans ce contexte, le journalisme d’investigation, en timide essor, est un exercice à haut risque. Les tentatives de corruption, les intimidations, les arrestations arbitraires, la menace constante de voir ses données personnelles exposées… font désormais partie du quotidien de nombreux journalistes. Certains voient même les locaux de leur rédaction attaqués, quand ce ne sont pas des militants politiques ou des forces de l’ordre qui les prennent pour cibles.
Le recul de 11 places dans le classement RSF n’est pas un simple indicateur statistique : c’est le symptôme d’un système à bout de souffle, où informer librement devient un acte de résistance. L’indépendance de la presse ivoirienne est aujourd’hui sous respiration artificielle.
Et pourtant, il est encore temps d’agir. RSF lance l’alerte : si rien n’est fait pour protéger le secteur, soutenir financièrement les rédactions et garantir leur autonomie, la liberté de la presse continuera à s’effondrer. Et avec elle, un pan entier de la démocratie.































