À quelques mois de la présidentielle, le PPA-CI traverse une zone de turbulences qui en dit long sur les tensions internes au sommet. L’éviction brutale de plusieurs cadres proches d’Ahoua Don Mello, dont Fernand Ahilé, jette une lumière crue sur la crispation du parti autour de la question d’un éventuel remplaçant à Laurent Gbagbo.
Une éviction qui en cache d’autres
Le limogeage de Fernand Ahilé, ex-Secrétaire national technique en charge de la communication événementielle, a été rendu public le 22 juillet par un communiqué signé par Habiba Touré, porte-parole du parti. Officiellement, il est reproché à Ahilé des « prises de position déviantes ». Officieusement, il paie son soutien affiché à la proposition d’Ahoua Don Mello, qui avait récemment plaidé pour une « candidature de précaution » au cas où Laurent Gbagbo serait, une fois de plus, empêché de se présenter à l’élection présidentielle.

Ahilé n’a pas mâché ses mots à la suite de son exclusion : « Le président Gbagbo est malheureusement devenu un faiseur d’exclus », a-t-il déclaré à la presse, dénonçant une purge déguisée visant à étouffer toute velléité de débat démocratique en interne.
Don Mello, un nom qui dérange
C’est précisément la montée en visibilité d’Ahoua Don Mello qui semble déranger la ligne dure du parti. Ingénieur de formation, ancien ministre et homme de confiance de Gbagbo, Don Mello s’est récemment prononcé en faveur d’une candidature alternative de sécurité, au cas où le fondateur du PPA-CI se retrouverait à nouveau disqualifié par le Conseil constitutionnel. Une position que certains, au sein du parti, perçoivent comme réaliste ; d’autres, comme une trahison de la ligne pure.

Les partisans de Don Mello commencent à se faire une place, mais paient le prix fort. En plus d’Ahilé, plusieurs coordinateurs régionaux et cadres du parti ont également été suspendus ou mis à l’écart, selon des sources internes. Le climat est désormais à la peur et à l’autocensure.
Une réorganisation disciplinaire musclée
Selon des documents internes qui ont fuité dans la presse, le président du parti a récemment exigé de tous les secrétaires et coordinateurs un rapport exhaustif sur les actions de terrain, les campagnes de parrainage et la mobilisation dans les bases. Date butoir : 31 juillet. Toute défaillance pourrait entraîner des sanctions. Derrière cette reprise en main, certains y voient la volonté de verrouiller le parti autour d’un seul nom : Laurent Gbagbo.

Cette centralisation rigide intervient alors que des voix s’élèvent timidement pour demander une alternative crédible, en cas d’impossibilité juridique ou médicale de voir l’ancien président concourir.
Un parti à l’épreuve de la succession
Le cas Don Mello illustre une problématique plus large : comment un parti bâti autour d’un homme peut-il gérer sa propre transition ? Laurent Gbagbo reste, sans conteste, le pilier du PPA-CI. Mais son âge avancé, sa radiation de la liste électorale, et les incertitudes sur sa candidature, forcent certains cadres à envisager d’autres scénarios.

La réponse actuelle du parti est claire : pas question, pour l’instant, d’en discuter publiquement. Toute tentative de projection ou d’alternative est immédiatement réprimée. Quitte à donner l’image d’un parti refermé sur lui-même.
En évinçant les voix dissidentes, le PPA-CI semble vouloir préserver l’illusion d’unité autour de Gbagbo. Mais en creux, la gestion autoritaire de la divergence révèle une angoisse bien plus profonde : celle de l’après-Gbagbo. Et si Ahoua Don Mello n’est pas officiellement désigné comme plan B, les sanctions qui tombent autour de lui prouvent qu’il est, au fond, bien plus qu’un simple cadre parmi d’autres.
































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